Les critères de discrimination prohibés par la loi française sont au nombre de vingt-six. La loi interdit de traiter une personne défavorablement sur le fondement de vingt-six critères. Les voici, chacun avec sa définition, le texte qui le fonde et un exemple concret. Tapez un mot dans le champ de recherche : la liste se filtre au fur et à mesure.
1
Origine
Le rattachement, réel ou supposé, d'une personne à une aire géographique ou à un groupe d'ascendance.
Un exemple : Écarter une candidature parce que le nom de famille « fait étranger ».
Art. 225-1 du code pénal ; art. L.1132-1 du code du travail
2
Nation
L'appartenance ou non-appartenance à une nation donnée, distincte de la nationalité au sens administratif.
Un exemple : Réserver un poste aux ressortissants d'un pays sans que la loi l'impose.
Art. 225-1 du code pénal
3
Prétendue race
La loi retient l'expression « prétendue race » depuis 2013 pour marquer qu'aucune race humaine n'existe, mais que la croyance en son existence produit des discriminations.
Un exemple : Un fichier de clientèle annoté par couleur de peau.
Loi du 21 mai 2008 modifiée ; art. 225-1 du code pénal
4
Ethnie
L'appartenance ou non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie.
Un exemple : Refuser une location à une famille au motif de ses origines supposées.
Art. 225-1 du code pénal
5
Sexe
Le fait d'être une femme ou un homme, y compris dans ses conséquences supposées sur la disponibilité ou la carrière.
Un exemple : Une annonce qui cherche « une secrétaire » ou « un magasinier ».
Art. L.1142-1 du code du travail
6
Orientation sexuelle
L'attirance affective et sexuelle, réelle ou supposée.
Un exemple : Des remarques répétées en réunion sur la vie privée d'un salarié.
Art. 225-1 du code pénal
7
Identité de genre
Le genre auquel une personne s'identifie, indépendamment du sexe qui lui a été assigné.
Un exemple : Refuser d'employer le prénom d'usage d'une personne trans.
Loi du 18 novembre 2016 ; art. 225-1 du code pénal
8
Grossesse
L'état de grossesse, réel ou envisagé, et la maternité.
Un exemple : Ne pas renouveler une période d'essai après l'annonce d'une grossesse.
Art. L.1225-1 et suivants du code du travail
9
Situation de famille
Le fait d'être marié, pacsé, célibataire, divorcé, ou d'avoir des enfants.
Un exemple : Demander en entretien qui garde les enfants le mercredi.
Art. 225-1 du code pénal
10
Patronyme
Le nom de famille, souvent utilisé comme signal d'origine.
Un exemple : Un tri de CV par consonance du nom, y compris fait par un logiciel.
Art. 225-1 du code pénal
11
Lieu de résidence
L'adresse du domicile — critère ajouté en 2014 après les travaux sur les quartiers prioritaires.
Un exemple : Écarter les candidats d'un code postal jugé « à risque ».
Loi du 21 février 2014 ; art. 225-1 du code pénal
12
Domiciliation bancaire
Le pays ou l'établissement où sont tenus les comptes d'une personne.
Un exemple : Refuser un contrat à qui n'a pas de compte dans une banque française.
Loi du 18 novembre 2016
13
Âge
Le nombre d'années, dans un sens comme dans l'autre : les jeunes et les seniors sont concernés.
Un exemple : Une annonce qui promet « une équipe jeune et dynamique ».
Art. L.1132-1 du code du travail
14
État de santé
L'état physique ou psychique, présent ou passé, y compris une maladie guérie.
Un exemple : Interroger un candidat sur ses arrêts de travail des trois dernières années.
Art. 225-1 du code pénal
15
Perte d'autonomie
La diminution des capacités liée à l'âge ou à la maladie.
Un exemple : Refuser un service à une personne âgée jugée « trop dépendante ».
Loi du 28 décembre 2015
16
Handicap
Toute limitation d'activité durable, y compris invisible : le handicap psychique et les maladies chroniques en font partie.
Un exemple : Refuser un aménagement de poste sans avoir examiné son coût réel.
Art. L.5213-1 du code du travail
17
Caractéristiques génétiques
Les données issues d'un test génétique ou d'antécédents familiaux.
Un exemple : Un assureur qui module un tarif sur un antécédent familial.
Art. 225-1 du code pénal
18
Apparence physique
La taille, le poids, la coiffure, les tatouages, la tenue.
Un exemple : Un poste d'accueil réservé à qui a « une bonne présentation ».
Art. 225-1 du code pénal
19
Mœurs
Les habitudes de vie privée d'une personne.
Un exemple : Sanctionner un salarié pour sa vie privée hors du temps de travail.
Art. 225-1 du code pénal
20
Opinions politiques
Les convictions politiques exprimées ou supposées.
Un exemple : Écarter un candidat après avoir consulté ses publications publiques.
Art. 225-1 du code pénal
21
Convictions religieuses
Le fait d'avoir ou de ne pas avoir une religion, et de la pratiquer.
Un exemple : Refuser un congé pour une fête religieuse quand il est accordé pour d'autres.
Art. 225-1 du code pénal
22
Activités syndicales
L'exercice d'un mandat ou l'adhésion à un syndicat.
Un exemple : Un délégué syndical dont la rémunération décroche de sa cohorte.
Art. L.2141-5 du code du travail
23
Capacité à s'exprimer dans une langue autre que le français
La maîtrise d'une langue autre que le français, ou l'accent.
Un exemple : Exiger le français « langue maternelle » pour un poste sans écrit.
Loi du 27 janvier 2017
24
Vulnérabilité économique
La situation économique apparente ou connue d'une personne.
Un exemple : Refuser un logement à qui perçoit des minima sociaux.
Loi du 24 juin 2016
25
Bizutage
Le fait d'avoir subi ou refusé de subir des faits de bizutage.
Un exemple : Écarter un étudiant qui a dénoncé un bizutage.
Art. 225-16-1 du code pénal
26
Qualité de lanceur d'alerte
Le fait d'être lanceur d'alerte, facilitateur d'une alerte, ou en lien avec un lanceur d'alerte. C'est le critère le plus récent.
Un exemple : Muter un salarié après un signalement au référent alerte.
Loi du 21 mars 2022 dite loi Waserman
Liste établie à partir de l'article 225-1 du code pénal et de l'article L.1132-1 du code du travail, vérifiée le 27 août 2026. Elle est donnée à titre d'information : seul un examen de votre situation permet de qualifier une discrimination. Le Défenseur des droits peut être saisi gratuitement.
Les critères de discrimination prohibés par la loi, comment les lire
Une discrimination, au sens du droit, suppose deux choses réunies : un traitement défavorable, et le fait que ce traitement repose sur l’un des critères prohibés par la loi, dans une situation visée par la loi — l’accès à un emploi, à un logement, à un service, à un bien, à une formation. Une décision injuste qui ne repose sur aucun de ces critères peut être contestable pour d’autres raisons, mais ce n’est pas une discrimination.
La liste s’est allongée par couches successives. Le noyau vient de l’article 225-1 du code pénal et de l’article L.1132-1 du code du travail. Se sont ajoutés le lieu de résidence en 2014, la vulnérabilité économique en 2016, la domiciliation bancaire et l’identité de genre la même année, la capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français en 2017, et enfin la qualité de lanceur d’alerte en 2022. Cette chronologie n’est pas anecdotique : chaque ajout correspond à un contentieux qui ne trouvait pas de fondement, et que le législateur a fini par nommer.
Discrimination directe et discrimination indirecte
La discrimination directe est la plus simple à se représenter : une personne est traitée moins favorablement qu’une autre, explicitement à cause d’un critère. Une annonce qui exige « le français langue maternelle » en est un cas d’école.
La discrimination indirecte est plus fréquente et bien plus difficile à établir. Une règle apparemment neutre — un critère de sélection, un horaire, un barème — désavantage particulièrement les personnes présentant l’un des critères prohibés, sans que rien ne le dise. Elle n’est licite que si elle est objectivement justifiée par un but légitime et que les moyens employés sont nécessaires et proportionnés. C’est ce raisonnement en trois temps que les juges appliquent, et c’est là que se joue l’essentiel des affaires sérieuses.
C’est aussi pour cela qu’un outil de détection de mots, comme notre analyseur d’offres d’emploi, ne peut jamais suffire : il attrape le direct, pas l’indirect. Seule une mesure des effets — un testing, une analyse de cohorte, une comparaison de barèmes — met l’indirect en évidence.
La charge de la preuve
En matière de discrimination, la preuve est aménagée. La personne qui s’estime victime n’a pas à démontrer la discrimination : elle doit présenter des éléments de fait laissant supposer son existence. Il revient ensuite à l’employeur, au bailleur ou au prestataire de prouver que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Ce renversement, prévu à l’article L.1134-1 du code du travail, est la clé de la plupart des décisions favorables.
Concrètement, un faisceau d’indices suffit à déclencher le renversement : une comparaison de carrière avec des collègues entrés en même temps, une série de refus documentés, un écart statistique non expliqué. C’est exactement ce que produisent les enquêtes que publie la revue — et c’est pourquoi nous joignons systématiquement les données brutes aux articles.
Où saisir, et dans quel délai
La saisine du Défenseur des droits est gratuite, se fait en ligne ou auprès d’un délégué territorial, et n’interrompt pas les délais de recours : elle peut donc se mener en parallèle d’une action en justice. L’action civile en réparation du préjudice résultant d’une discrimination se prescrit par cinq ans à compter de sa révélation. Les rappels de salaire, eux, obéissent à un délai plus court. Devant le juge administratif, le délai de recours contre une décision explicite est de deux mois.
Ces délais varient selon la nature de l’acte contesté et selon ce que l’on demande. Vérifiez-les avec un professionnel avant de renoncer à agir : une prescription mal comprise fait plus de dégâts qu’un dossier imparfait.
Les numéros qui traitent de ces critères
Chaque numéro de la revue part d’un critère et d’un terrain : l’âge et le recrutement, l’adresse et le logement, le handicap et l’emploi, l’origine et l’école.
L'index égalité, sept ans après
Discriminations à la campagne
L'école qui trie
Handicap au travail : le coût du renoncement
Logement social : la file d'attente et ses angles mortsLes autres outils
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