Appel à articles n.15

ANTIRACISME EN FRANCE : Enjeux, métamorphoses et controverses au prisme du décès de George Floyd.

Sous la direction de :

Francine Nyambek-Mebenga, Lila Belkacem et Fanny Gallot (MCF, UPEC – INSPE de Créteil, LIRTES

 

 ARGUMENTAIRE

Avec le décès de George Floyd (afrodescendant de 46 ans), le 25 mai 2020 à Minneapolis aux Etats-Unis, les problématiques sociales et politiques liées au racisme se sont à nouveau révélées au monde, dans leur brutalité la plus absolue, relançant avec acuité le débat politique et intellectuel sur l’antiracisme, ses orientations et sa prise en charge par les politiques publiques. Telle une piqûre de rappel sur sa brûlante actualitédans les sociétés capitalistes occidentales, post-esclavagistes et post-colonialistes (Belgique, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, etc.), les circonstances et images médiatisées de sa mort(asphyxie lors de son interpellation par la police) ont provoqué à l’échelle mondiale, une vague d’indignation et de protestation contre le racisme et les violences policières. En France, plus qu’une énième condamnation d’actes racistes, ces mobilisations ont connu un fort retentissement les 2 et 13 juin 2020 à travers des manifestations d’une rare ampleur (entre 10.000 et 20.000 personnes à Paris), et des tribunes de chercheur-e-s, suite à l’appel lancé sur les réseaux sociaux par le Comité « Justice et vérité pour Adama » (jeune homme noir, décédé selon ses proches dans des conditions similaires). Bien qu’elles prolongent d’une part, des luttes plus anciennes comme la marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983, ou encore les manifestations suite aux décès de Lamine Dieng en 2007, (voir, entre autres, Wissam el-Yamni, 2011, Shaoyao Liu, 2017, Gaye Camara, 2018), et doivent d’autre part, en partie au moins être réinscrites dans un élan mondial de solidarité à l’égard du « Black Lives Matter » (mouvement politique antiraciste créé en 2013 aux Etats-Unis), ces mobilisations françaises offrent l’occasion d’interroger dans ce dossier, la pensée et l’action antiraciste portées dans certains milieux, académiques, militants, médiatiques, etc. 

A maints égards, ces mobilisations méritent qu’on s’y attarde dans la mesure où elles ont contribué à une visibilité et une vulgarisation de plus en plus importantes des enjeux tout comme des controverses scientifiques et politiques qui structurent la question du racisme et de l’antiracisme. Mentionnons entre autres, la critique française (politique autant qu’académique) de l’usage du concept de race (Bouzelmat, 2019, Fassin, 2019), ou bien encore celle de la traduction en France de paradigmes et outils étasuniens de l’antiracisme (Wieviorka, 2019). En effet, malgré quelques avancées, le recours aux statistiques ethniques fait toujours figure de repoussoir chez certain-e-s chercheur-e-s en sciences humaines et sociales, ou de totem pour des politiques antiracistes et de luttes contre les discriminations (Le Bras, 2007, Simon, 2014).

Ces mobilisations ont par ailleurs fait apparaître au sein de l’antiracisme, de profondes dissensions focalisées tantôt sur son lexique, tantôt sur les stratégies de lutte promues par ses nouveaux et nouvelles militantes. On pourrait citer la sensibilisation des populations majoritaires (cf. Maïga et Haenel, Libération, 12 juin 2020, Despentes, France Inter, 4 juin 2020) à une prise de conscience de la blanchité (Cervulle, 2013, Dyer, 1997) et de ses privilèges (Mc Intosh, 1988), ou de la fragilité blanche (Di Angelo, 2018). Plus généralement, ces débats ont donné à voir des « paradoxes de l’antiracisme » (Gibb, 2003, Taguieff, 2013) tributaires d’une définition du racisme tiraillée entre conceptions restreintes et extensives, autrement dit, entre racisme scientifique et racisme différentialiste, ou encore entre racisme moral et racisme systémique[1](Bonilla, 2003, Guillaumin, 1972, Taguieff, 1985). Considérant cet épisode comme un moment marquant de l’antiracisme en France et dans le monde, ce dossier souhaite en examiner d’une part, les principaux enjeux sociopolitiques et conceptuels, et en saisir d’autre part, les structurations, restructurations et recompositions des mobilisations (Gibb, op. cit., Picot, 2016), à la lumière des travaux de recherche récents. A cet égard, il prolonge et vise à enrichir des dossiers thématiques précédents sur les luttes antiracistes (Africultures, 2014/1 n° 97, Mouvements, 1999, n° 4, Mots, 1989, n° 18, Hommes et Migrations, 2016, n° 1313, 2020, n° 1330).

Les propositions d’articles pourront porter sur l’un des 3 axes thématiques suivants.

Axe 1. De l’antiracisme aux antiracismes: métamorphoses, reconfigurations et paradoxes

La cécité de l’antiracisme classique (lutte contre le racisme scientifique par sa judiciarisation et par l’éducation) face à un racisme quotidien et plus diffus demeure l’une des causes majeures de troubles dans l’antiracisme. La non prise en charge de la métamorphose idéologique du racisme en un racisme sans race (Bonilla-Silva, op. cit., Stokely et Hamilton, 1967, Taguieff, 1985) serait en effet à l’origine de l’émergence de nouveaux antiracismes (Taguieff, 2013) qu’il importe d’analyser ici. Quels sont ces nouveaux antiracismes? Comment interpréter la recomposition des cadres épistémologiques et politiques, les structures organisationnelles de ces luttes antiracistes ? Par exemple, en quoi les Indigènes de la République (IR puis PIR), le Conseil représentatif des associations noires (CRAN), la Brigade anti-négrophobie (BAN), le Collectif contre l’islamophobie (CCIF), entre autres, se distinguent-ils ou sont-ils en continuité avec des organisations plus anciennes (la LICRA, SOS racisme, Antifs, etc.)? Comment analyser par ailleurs le renouvellement de leurs leadeurs, le rôle et la place des femmes dans ces luttes (Assa Traoré, entre autres, les collectifs MWASI, MAFED, etc.)? On pourrait aussi s’intéresser aux réseaux sociaux et leur rôle dans la circulation, la diffusion des idées et savoirs, et plus généralement le travail de conscientisation des jeunes générations. On pourrait donc globalement s’atteler ici à cartographier, historiciser et sociologiser ces antiracismes, leurs qualificatifs (antiracisme décolonial, politique et en contrepoint, ceux auxquels ils sont opposés : antiracisme moral, classique) (Picot, op. cit.); leurs complexités et conflictualités internes tel qu’illustrées dans le film Tout simplement noir, de J.P. Zadi et J. Wax, juillet 2020 ; mais aussi leurs critiques (entretien d’un racialisme, d’un racisme à rebours ; Debono, 2020) et ce qu’elles révèlent de la lutte antiraciste dans le contexte français. Enfin, cet axe peut accueillir une réflexion sur l’aporie à laquelle est confrontée la pensée antiraciste. Entre universalisme et différentialisme (Taguieff, 2013), l’antiracisme serait-il voué à l’échec? Dans quelle mesure est-il possible de dépasser ces tensions, paradoxes ou difficultés de l’antiracisme (Taguieff, ibid., Wieviorka, 1998)?

Axes 2. Enjeux matériels et symboliques de l’antiracisme politique et décolonial

Saisies à partir d’une approche holiste, les mobilisations des 2 et 13 juin 2020 semblent mues par une aspiration forte de justice sociale (Lamont, 2002). A l’instar de la marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983 (Hajjat, 2013), cette aspiration de justice paraît en creux dans la condamnation par les manifestant-e-s du harcèlement et des violences policières (Gauthier et Jobard, 2018), de la violence sociale des discriminations sur le marché du travail, dans le logement, la santé, l’école, l’université, etc. (Beauchemin et al., 2015, Célestine, 2018, Soumahoro, 2019). Elle apparaît, sous un autre angle, à travers des actions médiatisées, tel que le blocage de représentations artistiques jugées racistes (cf. la pièce d’Eschyle « Les Suppliantes » annulée pour cause de Blackface à la Sorbonne en mars 2019), le déboulonnement et la dégradation de monuments et statues symbolisant, pour les auteurs/trices de ces dégradations, l’oppression raciste et impérialiste (cf. tags sur la statue de Colbert à l’Assemblée nationale en juin 2020). Au total, bien que taxées «d’antiracisme radical» (Taguieff, 2013), ces mobilisations semblent subsumer des enjeux de redistribution et de reconnaissance (Fraser, 1998), en d’autres mots, des enjeux matériels et symboliques que cet axe souhaite réexaminer. Il s’agit de décrire notamment les différentes approches et facettes de ces enjeux ; mais aussi d’en problématiser l’intérêt pour l’analyse de la lutte antiraciste, à partir des expériences de minoration sociale. Ces expériences pourront être appréhendées à l’aune des rapports sociaux de race, genre, classe, entre autres, dans lesquels sont pris en France les descendant-e-s d’immigré-e-s et du point de vue des paradigmes post et décoloniaux (Mbembe, 2010, Vergès, 2019).

Axe 3. Controverses et perspectives de l’antiracisme en France et dans le monde : politiques publiques, grammaire, alliances.

« Black Lives Matter », « blanchité », « discriminations systémiques », « privilège blanc », « fragilité blanche», « racisé », « racisme d’état/institutionnel », « intersectionnalité », etc., font partie du vocabulaire qui a émergé dans le débat public (Chemin et al., 2020, Dhume et al., 2020), pour dire le racisme, mais aussi qualifier un antiracisme « nouvelle génération ». Ce lexique de « l’antiracisme contemporain » (Legros, 2020) est au cœur de controverses et critiques virulentes qui pourraient être examinées ici. Alors que la plupart de ces notions font désormais partie du langage commun dans les pays anglo-saxons et sont utilisées en sciences sociales comme des catégories d’analyse (par la Critical Race Theory, notamment), leur emploi reste néanmoins fortement discuté. De plus, notons qu’en fonction des contextes, des auteurs/trices, les définitions de ces notions (racisme/racialisme, racialisation/racisation, entre autres), sont loin d’être consensuelles et stabilisées[2]. Que signifient ces termes et comment expliquer les polémiques qu’ils soulèvent? Par ailleurs, comment interpréter d’une part, la réappropriation de ces « mots neufs de l’antiracisme » (Chemin et al., op. cit.) par des personnalités ou militant-e-s antiracistes issu-e-s de la population majoritaire ? A cet égard, la réception, du côté des majoritaires comme des minoritaires, de la lettre ouverte de l’écrivaine Virginie Despentes à ses « amis blancs qui ne voient pas où est le problème…», s’avère heuristiquement intéressante. S’agit-il de l’expression d’une solidarité de la part des personnes blanches, dépassant le cadre d’un « antiracisme de bonne volonté » (Amar et Milza, 1990) ou de bonne conscience ? Bien que les conflits internes soient constitutifs de l’histoire et la sociologie des mouvements sociaux, peut-on y voir, a contrario, une récupération illustrant le privilège blanc qui dépossède les minorités de leurs outils de luttes (Collectif Mwasi, 2018) ? On pourrait, d’autre part, s’intéresser à ces controverses du point de vue des politiques publiques de l’antiracisme. Au regard des équilibres et orientations actuelles du débat scientifique et politique sur l’antiracisme, y’a-t-il lieu d’envisager de possibles évolutions dans le sillage de ces mobilisations? L’examen critique des politiques publiques de la lutte contre le racisme et les discriminations pourra prendre appui sur la question de la mesure des discriminations par les statistiques ethniques, ou encore sur des actions et dispositifs spécifiques (par exemple la création de référent-e-s luttes contre le racisme, l’antisémitisme, et les discriminations dans les universités, de labels « égalité diversité », du Vademecum « Agir contre le racisme et l’antisémitisme à l’école », etc.) et leur mise en œuvre, en particulier à l’université ou à l’école. Enfin, dans un contexte européen et étatsunien (en particulier) marqué par une poussée des mouvements d’extrême-droite, dans quelle mesure l’élan antiraciste mondial suscité par cet événement peut-il être porteur de changements profonds et durables des pratiques, et par conséquent des conditions sociales (économiques et politiques) pour les populations racisées.

Le dossier est ouvert aux travaux de recherche d’horizons divers, menés à partir de techniques d’enquête variées. Une préférence sera néanmoins accordée aux méthodes empiriques qualitatives: ethnographie, analyse de discours publics et/ou de documents, entretiens, enquête historique. Les articles pourront traiter ces questions en privilégiant selon les axes, un ou plusieurs aspects proposées pour conduire la réflexion, en adoptant une focale française ou articuler échelle française et internationale.

Calendrier de soumission

Les propositions de résumé devront parvenir au plus tard le 3 mai 2021. Il sera demandé :

1- Un résumé d’une page comprenant titre, mots clés, propos de l’auteur-e et plan envisagé de l’article

2- Une courte bi(bli)ographie de l’auteur-e

Les résumés seront à adresser simultanément aux deux adresses suivantes : francine.nyambek-mebenga@u-pec.fr et cahiers.lcd@gmail.com.

Un retour sera fait aux auteur-e-s en fin juin 2021.

Calendrier de publication

Les premières versions des articles retenus seront attendues pour début janvier 2022.

La version finale est attendue en avril 2022.

Le dossier prendra place dans le n° 15 des Cahiers de la LCD, à paraître en juin 2022.

Références bibliographiques

Beauchemin, C., Hamel, C., Simon, P. (dir.). (2015). Trajectoires et Origines. Enquête sur la diversité des populations en France. Paris: INED.

Bocandé, A. (dir.). (2014). « La Marche en héritage/L’héritage culturel de la Marche pour l’égalité et contre le racisme (1983-2013) », Africultures, n°97/1.

Bonilla-Silva, E. (2003). Racism without Racists: color-blind Racism and the persistence of racial inequality in the united states. Lanham, Md, Rowman & Littlefield.

Bonnafous S., Taguieff, P.A. (dir.). (1989). « Racisme et antiracisme. Frontières recouvrements », Mots, n°18.

Bouzelmat, I. (2019). « Le sous-champ de la question raciale dans les sciences sociales françaises. Pour une approche sociologique des procès en légitimité scientifique », dans A. Hajjat et S. Larcher (dir.). Dossier « Intersectionnalité »,  Mouvements des idées et des luttes, [En ligne]. 

Célestine, A. (2018). La Fabrique des identités. L’encadrement politique des minorités caribéennes à Paris et New York. Paris : Karthala.

Cervulle, M. (2013). Dans le blanc des yeux: Diversité, racisme et médias. Paris : Amsterdam.

Chemin, A., Bherer, M.O, Pascual, J., Kodjo-Grandvaux, S. (2020). «Racisé», «racisme d’Etat», «décolonial», «privilège blanc»: les mots neufs de l’antiracisme, Le Monde, 26 juin.

Debono E. (2020). Être ou ne pas être antiraciste, Le Monde, 10 juin, Blog.

Despentes, V., (2020). Lettre à “mes amis blancs qui ne voient pas où est le problème”, Lettres d’intérieur, Chronique France Inter.

Dhume, F. Dunezat, X., Gourdeau, C., Rabaud, A. (2020). Du racisme d’État en France ? Lormont : Le Bord de l’eau.

DiAngelo, R. (2018). White Fragility:Why It’s So Hard for White People to Talk About Racism. Beacon Press.

Dyer, R. (1997). White. London: Routledge.

Fassin, E. (2019). Le mot race- Le mot et la chose, AOC, 10 avril.

Fraser, N. (1998). « Penser la justice sociale: entre redistribution et revendications identitaires », Politique et Sociétés, 17 (3), 9-36.

Gauthier, J., Jobard, F. (2018). Police. Questions sensibles. Paris : PUF.

Gibb, R. (2003). « Constructions et mutations de l’antiracisme en France », Journal des anthropologues, n°94-95, 165-179. 

Guillaumin C., (1972). L’idéologie raciste. Genèse et Langage Actuel. Paris : Mouton.

Hajjat, A. (2013). La marche pour l’égalité et contre le racisme. Paris : Amsterdam.

Hommes et Migrations, 2016, n° 1313. « 1983, Le tournant médiatique ».

Hommes et Migrations,2020, n° 1330.«1973, l’année intense.Portfolio : les luttes s’affichent ». 

Lamont, M. (2002). La dignité des travailleurs. Exclusion, race, classe et immigration en France et aux États-Unis, traduit de l’anglais par Marie-Paule Mit. Paris: Presses de Sciences Po.

Le Bras, H. (2007). « Quelles statistiques ethniques? »,  L’Homme, 184(4), 7-24.

Legros, M. (2020). « Lexique de l’antiracisme contemporain », Philomag.com, [En ligne].

Maïga, A., Haenel, A. (2020). Enfin il se passe un truc politique, Libération, 12 juin.

Mbembe, A. (2010). « La République et l’impensé de la « race » ». Dans A. Mbembe, F. Vergès, F. Bernault, A. Boubeker, N. Bancel, & P. Blanchard, P. (éd.). Ruptures postcoloniales: Les nouveaux visages de la société française (pp. 205-216). Paris: La Découverte.

Mc Intosh, P. (1988). « Male Privilege and White Privilege: A personnal Account of Comming to See Correspondences Through Work in Women’s Studies », Center for Research on Women, Wellesley College. 

Milza, P., Amar, M. (1990). L’immigration en France au xxème siècle. Paris : Colin.

Mwasi, Collectif afroféministe (2018). Afrofem. Paris : Syllepse.

Picot, P. (2016). « Quelques usages militants du concept de racisme institutionnel : le discours antiraciste postcolonial (France, 2005-2015) », Migrations Société, 163(1), 47-60. 

Simon, P. (2014). La question des statistiques ethniques en France. Dans M. Poinsot (éd.), Migrations et mutations de la société française: L’état des savoirs (pp. 297-306). Paris: La Découverte. 

Simon, P. (coord.). (1999). « Le modèle français de discrimination, un nouveau défi pour l’antiracisme », Mouvements, n°4.

Soumahoro, M. (2019). Le triangle et l’hexagone. Paris : La Découverte.

Stokely C., Hamilton C. V. (1967). Black Power: The Politics of Liberation in America. New York : Vintage Books.

Taguieff, P. A. (dir.) (2013). Dictionnaire historique et critique du racisme. Paris : PUF.

Taguieff, P.A (1985). « Le néo-racisme différentialiste. Sur l’ambiguïté d’une évidence commune et ses effets pervers », Langage et Société, n°34, 69-98.

Vergès, F. (2019). Un féminisme décolonial. Paris: La Fabrique.

Wieviorka, M. (1998). Le racisme, une introduction. Paris: La Découverte.

Wieviorka, M. (2019). «Débat: Il faut repenser le racisme à l’échelle locale», The Conversation, [En ligne].


[1] Notes explicatives

Le racisme scientifique est fondé sur une acception de la race découlant de la taxinomie biologique des groupes humains, consacrée par l’anthropologie physique.

Le racisme différentialiste ou racisme sans race opère par une assignation de caractéristiques sociales et psychologiques aux individus en fonction de leur culture, origine ou religion supposées. Il postule en outre une incompatibilité entre ces différentes cultures, justifiant des logiques de ségrégation.

Le racisme moral repose sur une interprétation idéaliste qui le formule comme une idée, disposition psychologique ancrée chez les individus, notamment issus du groupe dominant blanc. Perçue comme une déviance psychologique et ou limite intellectuelle, il détermine des politiques antiracistes axées principalement sur l’éducation.

Le racisme systémique désigne le racisme en tant que dispositif structurel de la domination. Il se fonde sur une acception matérialiste et politique du racisme, qui le fait dériver de rapports sociaux de race marqués par un ensemble d’inégalités, discriminations, micro-agressions routinières et ancrées dans la structure sociale.

[2] Par exemple, tandis qu’aux Etats-Unis, le racisme est considéré comme une théorie, le racialisme désignant sa pratique ; en France, la notion de racisme désigne plutôt l’extension du racialisme (système idéologique) par un programme d’action politique ou des dispositifs normatifs d’oppression (Taguieff, 2013, p. 151…)

DISCRIMINATIONS TERRITORIALES (n.12)

Pour acheter ce numéro : https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=numero&no=67891&no_revue=935&razSqlClone=1

Pour regarder la journée d’étude réalisée autour du numéro par Ville & Banlieue et les Cahiers de la LCD : https://www.ville-et-banlieue.org/retour-en-images-et-videos-la-courneuve-23-fevrier-2021-rencontre-sur-les-discriminations-territoriales-30998.html

INTRODUCTION.            

DOSSIER (PARTIE 1) :    

DISCRIMINATIONS TERRITORIALES : DEFINITIONS ET CONTROVERSES. 

« SORTIR DE L’APPROCHE INDIVIDUALISANTE DU DROIT POUR COMBATTRE LES DISCRIMINATIONS TERRITORIALES » : ENTRETIEN AVEC THOMAS KIRSZBAUM      

DISCRIMINATIONS TERRITORIALES : INTERVIEW DE RENAUD EPSTEIN. 

DOSSIER (PARTIE 2) :    

DISCRIMINATIONS TERRITORIALES : INSCRIPTIONS GEOGRAPHIQUES.  

PENSER L’ESPACE DES SYSTEMES DE DISCRIMINATIONS : POUR UNE LECTURE SPATIALE DE L’INTERSECTIONNALITE PAR CORINNE LUXEMBOURG       

DE LA DISCRIMINATION POSITIVE A LA DISCRIMINATION TERRITORIALE : LES QUARTIERS EN POLITIQUE DE LA VILLE, INEGAUX FACE A LA SANTE PAR  ZOE VAILLANT, JULIA BARDES ET STEPHANE RICAN 

DOSSIER (PARTIE 3) :    

PAROLES D’ELUS.          

UN ELU CONTRE LES DISCRIMINATIONS TERRITORIALES : ENTRETIEN AVEC PHILIPPE RIO    

ENTRETIEN AVEC GILLES POUX, MAIRE DE LA COURNEUVE        

PAPIER LIBRE    

FAIRE LA PEAU AUX DISCRIMINATIONS PAR GILLES LEPROUST  

RECENSIONS    

MENDONÇA DIAS C., AZAOUI B. ET CHNANE-DAVIN F. (DIR.) (2020), ALLOPHONIE. INCLUSION ET LANGUES DES ENFANTS MIGRANTS A L’ECOLE, LAMBERT-LUCAS           

ISABELLE COLLET (2019), LES OUBLIEES DU NUMERIQUE, LE PASSEUR EDITEUR.

Pour lire une recension du numéro dans la revue Lectures : ici

Pour lire l’introduction du numéro : ici

Pour lire une synthèse de l’IREV sur le colloque organisé pour la sortie du numéro : ici

Pour lire un extrait du numéro : ici

appel à articles n.14


Les ruralités face aux discriminations

Les cahiers de la LCD

Appel à articles n.14

Sous la direction d’Agnès Roche et Clément Reversé

Dans le contexte actuel de mondialisation, d’innovation en matière de communication et de déplacement, et d’internationalisation des échanges où la vie sociale, culturelle et économique semblent se recentrer autour des pôles urbains, la place des espaces ruraux et des ruralités, en France mais aussi partout dans le monde, paraît de plus en plus marginalisée et la culture issue des grandes métropoles de plus en plus dominante. Si ces espaces sont souvent définis comme étant des « vides », des espaces « handicapants », ou de relégation (des pauvres qui s’éloignent des villes gentrifiées), ou « en retard » par rapport à une société se tournant de plus en plus vers l’urbanisation de ses modes de vie, plusieurs recherches s’accordent à percevoir les espaces ruraux comme des espaces de potentialités (Gambino, 2008 ; Zaffran, 2018). Ces potentialités sont toutefois souvent compromises par une forte invisibilisation des espaces ruraux, laissant alors place à des prénotions et des opinions biaisées sur ces espaces (Tallon et alii, 2015). L’un des derniers avatars de la discrimination à l’égard des ruraux s’incarne dans la construction des ruraux comme « ploucs de droite », voire d’extrême droite (Rivière, 2013, Girard, 2017).

Ce numéro des Cahiers de la Lutte Contre les Discriminations souhaite ainsi s’intéresser aux espaces ruraux contemporains, à leurs mutations et à leurs dynamiques, dans un contexte de marginalisation de ces espaces et sous le prisme de la discrimination, à la fois des acteurs vivant dans ces espaces, mais aussi des espaces ruraux eux-mêmes et les représentations des ruralités de manière plus globale.

Ainsi cet appel à articles invite les auteur.e.s à rendre compte de la richesse sociologique de ces espaces par différentes approches (monographie, comparaison, recherche locale, nationale ou internationale) et en ayant recours à l’interdisciplinarité des différents domaines de recherche en sciences sociales (sciences politiques, géographie, sociologie, anthropologie…).

Les espaces ruraux sont traversés par de multiples phénomènes inégalitaires à la fois en leur sein (Roche, 2016, Bruneau, Laferté, Mishi, Renahy, 2018) mais aussi dans leur relation au monde qui les entoure. Si le capital d’autochtonie (Renahy, 2005, Retière 2003, Coquard, 2019) peut constituer dans certains cas une ressource permettant de lutter contre les multiples formes de discrimination et de relégation, les problèmes d’exclusion et d’intégration des individus et des populations demeurent au cœur des questionnements actuels portant sur les espaces ruraux contemporains.

On peut également évoquer le paradoxe entre exclusion des jeunes et discours inclusif de la jeunesse dans les espaces ruraux (Gambino, 2008 ; Rieutort, Thomasson, 2015). Les problématiques liées à l’espace de vie rural compris comme un espace de proximité spatiale et de distance sociale, peuvent également être investiguées par les auteur.e.s. La question des déplacements et des inégalités de mobilités au sein des territoires ruraux (Coly, Even, 2017) est également un point capital à soulever dans l’étude des ruralités du fait même de la configuration spatiale, sociale et démographique de ces espaces de vie.

Au-delà des discriminations, des exclusions et des inégalités internes aux espaces ruraux, les auteurs sont invités à questionner les espaces ruraux comme objets d’une marginalisation et d’une discrimination dans les sciences sociales, les médias, mais aussi dans les politiques publiques actuelles. Nous demandons ainsi aux auteur.e.s dans ce numéro de saisir les questions relatives aux discriminations des espaces ruraux ainsi que les discriminations au sein des espaces ruraux, en considérant les évolutions et mutations de ces espaces et leurs places actuelles dans une société contemporaine de plus en plus polarisée autour d’espaces urbains paraissant être les nouveaux centres de gravité de la vie sociale, économique et culturelle.

Afin d’organiser la réflexion des auteur.e.s, nous avons scindé cet appel à communication en trois axes :

Axe 1 : Marginalisation et politiques publiques

Dans cet axe, il sera demandé aux auteur.e.s de se concentrer sur les discriminations et les phénomènes inégalitaires subis par les espaces ruraux. Cet axe peut ainsi traiter du manque d’intérêt flagrant et du manque d’adaptation des politiques publiques aux espaces ruraux, du manque d’intérêt pour la question rurale contemporaine. Si la paysannerie était bien, selon les termes de Pierre Bourdieu une « classe objet », le monde rural aujourd’hui peut être considéré comme un « objet » dont on parle (peu) et à la place duquel on parle. Il serait dès lors intéressant de questionner le rapport de ces espaces à des problèmes politiques et de sociétés actuelles. Les représentations médiatiques autour du Rassemblement National et la crise des Gilets Jaunes peuvent être des portes d’entrée intéressantes afin de traiter de la marginalisation de ces espaces et de leur rapport au monde politique actuel.

Axe 2 : Discriminations et inégalités au sein du rural

Ce deuxième axe se recentre pour sa part plus précisément sur les expériences et les vécus de phénomènes discriminatoires ou d’inégalité au sein même de ces espaces. Questionner les discriminations ou les inégalités dans les espaces ruraux permet à la fois de rendre compte d’une réalité bien souvent ignorée par la recherche qui se concentre encore aujourd’hui quasi unanimement sur les espaces urbains, mais cela permet aussi de rendre compte des spécificités de ces espaces en matière d’inégalités et de discriminations. L’espace façonne les expériences et les parcours que ce soit par la question de la mobilité, du rapport à l’interconnaissance locale ou encore à l’offre de service disponible, il s’agit dans cet axe d’interroger l’expérience discriminatoire et d’inégalités dans des espaces ayant leurs caractéristiques propres.

Axe 3 : Narration, expérimentation et réappropriation du rural

Le dernier axe de cet appel à articles propose d’aller au-delà du constat inégalitaire et/ou discriminatoire au sein des espaces ruraux. Pour reprendre le titre de la revue, nous souhaitons ici regrouper des réflexions et des témoignages sous forme d’article de lutte contre les discriminations. Il s’agit alors ici de mettre en lumière des récits, des expériences de vie ou encore des expérimentations ainsi que leur aboutissement afin de ne pas seulement constater ces phénomènes mais pouvoir lutter contre eux. Cet axe est en définitive une forme de réappropriation de l’expérience rurale par celles et ceux qui vivent au quotidien les discriminations et les inégalités au sein et avec ces espaces de vie.

Conditions de soumission :

L’ensemble des articles soumis à expertise devront être envoyés avant le 1er mars 2021 aux adresses suivantes : agnes.roche@uca.fr & clementreverse1@gmail.com

Les articles feront l’objet d’une double expertise.

Les auteur.e.s seront informé.e.s de la recevabilité de leur proposition, ou de la correction et types de corrections le 15 mai 2021 au plus tard.

Les articles retenus devront être envoyés modifiés, avant le 30 juin 2021

La publication du numéro 14 est prévue pour fin septembre 2021

Ces propositions devront comprendre :

  • L’article complet (30 000 maximum)
  • Une présentation de(s) auteur.e.s -2,3 publications et affiliations
  • Un résumé en français (10 lignes)

Des notes de lecture, recensions, notes de synthèses sont aussi attendues.

Des chroniques, témoignages et entretiens peuvent être proposés en concertation avec les coordinateurs/trice.s du numéro.

Normes de la rédaction

  • Les notes de bas de page ne renvoient pas aux références bibliographiques mais permettent d’indiquer des éléments n’apparaissant pas dans le texte.
  • Les références s’écrivent dans le texte (NOM, Date) : si plusieurs références d’un même auteur renvoient à la même date, merci d’accoler à cette dernière une lettre (a, b, c) que l’on retrouvera en bibliographie.
  • Pour les livres : Nom Initiale du prénom. (date), Titre du livre, édition, collection, date.
  • Pour les articles : Nom Initiale du prénom. (date), « Titre de l’article », Nom de la revue, numéro, volume, pagination (ex : pp. 10-20).
  • Pour un chapitre de livre : Nom Initiale du prénom. (date), « Titre de l’article », in Titre du livre(Nom de/de la dir., Initiale du prénom, dir.), éditeur, coll., pagination (ex : pp. 10-20).
  • Pour les articles électroniques, merci de compléter vos références par : Disponible sur : lien. Consulté le : Jour/Mois/Année
  • Les citations (textes ou entretiens) sont proposées en « italique ».
  • Chaque auteur.e soulignera 2-3 phrases importantes de son texte afin que ces dernières puissent être mises en exergue lors de la mise en page.
  • Les illustrations utilisées doivent être libre de droits (ou fournies avec un accord d’utilisation). Les graphiques et illustrations sont numérotés et comprennent titre et légende.

BIBLIOGRAPHIE

BRUNEAU, Ivan. LAFERTÉ, Gilles. MISCHI, Julian. RENAHY, Nicolas. (dir), Mondes ruraux et classes sociales, Éditions EHESS, 2018

COLY, Bertrand. EVEN, Danielle. Place des jeunes dans les territoires ruraux. Journal officiel de la République française, Section de l’aménagement durable des territoires et section de l’éducation, de la culture et de la communication, 198 pp., 2017

COQUARD, Benoît. Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin. La Découverte, « L’envers des faits », 216 pp., 2019GAMBINO, Mélanie. Vivre dans les espaces ruraux à faible densité de population : Pratiques et représentations des jeunes dans le Périgord Vert (France) et le Rural Galway (Irlande). Géographie. Université de Toulouse, 2008

GIRARD, Violaine. Le vote FN au village. Trajectoires de ménages populaires du périurbain. Édition du croquant, 2017

RENAHY, Nicolas. Les gars du coin : Enquête sur une jeunesse rurale. La découverte, Paris, 294 p., 2005

RETIÈRE, Jean-Noël. « Autour de l’autochtonie. Réflexion sur la notion de capital social populaire. », Politix, no63, p. 121-143, 2003

REVERSÉ, Clément. Les oubliés du pays de Cocagne. L’expérience de l’insertion et de la transition vers l’âge adulte des jeunes ruraux peu ou pas diplômés de Nouvelle-Aquitaine. Thèse en sociologie, Université de Bordeaux, 438 pp., 2020

RIVIÈRE, Jean. « Des ploucs de droite aux pavillonnaires lepénistes. Sur la construction médiatique du vote des ruraux. » Agone, « Campagnes populaires, campagnes bourgeoises », no51, p. 65-83, 2013/2

ROCHE, Agnès. Des vies de pauvres. Les classes populaires dans le monde rural. Presses Universitaires de Rennes – Essais – 340 pp., 2016

TALLON, Hélène. LIGNERES, Ingrid. BUREAU, Marie-Christine. LE DANTEC, Éliane. L’invisibilité sociale : publics et mécanismes. Les pauvres en milieu rural et notamment les jeunes ruraux et néo-ruraux. ARIAC – Onpes : Invisibilité sociale : Public et mécanisme, rapport final, 2015

ZAFFRAN, Joël. « Emploi des jeunes sans diplôme : la prime au rural »,  Formation emploi, no142, p. 99-117, 2018/2



appel à articles n.13

« L’égalité par les chiffres : production et usages sociaux des nombres contre les discriminations »

Appel  A Articles n.13

Sous la direction de Vincent-Arnaud Chappe et Mireille Eberhard

Télécharger d’Appel : AAC cahiers LCD N.13

Il y a près de vingt ans, au cours des assises de la citoyenneté, le premier ministre de l’époque Lionel Jospin mettait la lutte contre les discriminations raciales au cœur du projet républicain. Depuis la fin des années 1990, les pouvoirs publics ont mis en place un certain nombre d’outils, notamment juridiques, pour lutter contre les discriminations quelque soient leurs « critères » (race ou origine, nationalité, sexe/genre, âge, santé, handicap, orientation sexuelle, activité syndicale, etc.) ; les entreprises, administrations et collectivités territoriales ont adopté des politiques en interne en faveur de l’égalité et de la « diversité » ; les mouvements sociaux se sont emparés de la thématique des discriminations pour porter leur cause ; plus largement, le qualificatif de « discrimination » est largement rentré dans le vocabulaire commun, que ce soit pour désigner des nouvelles formes d’inégalités ou pour requalifier des luttes plus anciennes.

L’évaluation qu’on peut faire de ces politiques apparaît néanmoins très mitigée, voire paradoxale : les discriminations raciales, une des premières cibles historiques des luttes contre les discriminations, semblent toujours aussi massives et peu combattues, à tel point que Patrick Simon pouvait affirmer à leur propos que « la lutte contre les discriminations n’a pas eu lieu » (Simon, 2015). Concernant d’autres critères, des progrès plus palpables ont néanmoins existé – notamment contre les discriminations sexistes, liées à l’activité syndicale ou au handicap – même si d’énormes progrès restent à faire pour atteindre une véritable égalité.

Le constat de ces différences d’investissement des critères de discrimination (sur le plan politique, juridique et militant), doit amener à se pencher sur les facteurs explicatifs : ce numéro des Cahiers de lutte contre les discriminations vise ainsi à interroger à nouveau frais la question des appuis statistiques et de leurs effets sur la lutte contre les discriminations.

Cette question a particulièrement fait débat dans le domaine des discriminations ethno-raciales, de nombreux acteurs et chercheurs pointant l’insuffisance de données statistiques, par comparaison avec d’autres domaines. La question de la nécessité ou du danger des statistiques ethno-raciales n’est pas nouvelle : elle a resurgi à de multiples reprises depuis la fameuse « controverse des démographes » à la fin des années 1990, controverse qui a pris un tournant plus directement politique (au sens institutionnel du terme) en 2007 après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Les positions ont semblé assez figées, opposant des partisans d’une facilitation de telles mesures pour lutter contre les discriminations, à des opposants estimant que de telles mesures produiraient des effets de réification des identités racisées contraires aux principes républicains.

Au-delà de ce débat pour ou contre le décompte, peu a été dit sur la fabrique et sur les usages sociaux, effectifs ou potentiels, des nombres de la discrimination. Ceux-ci renvoient à l’ensemble des mesures quantifiées (avec des niveaux de sophistications variables) produites pour juger une situation comme discriminatoire ou non : testing, quota, écart salarial brut, résultat de régression multilinéaire, etc.. Joan Stavo-Debauge a insisté sur l’importance de telles statistiques ethno-raciales pour le passage du droit, et a également souligné comment elles « manquent » dans certains dispositifs de politiques publiques. Les travaux sur les Etats-Unis, ceux de Robin Stryker ou de Daniel Sabbagh par exemple, ont montré l’importance de telles statistiques pour prouver les discriminations raciales devant les juridictions en termes de disproportionate impact ou de discrimination indirecte. Au-delà des discriminations raciales, des travaux récents ont insisté sur l’importance des appuis statistiques dans le contentieux de la discrimination syndicale et dans l’adoption de dispositifs préventifs ; les discriminations sexistes et les politiques d’égalité professionnelle ont été quant à elles l’objet d’investigations concernant les enjeux de la production de données quantifiées dans les organisations, leurs usages et leurs appropriations par des acteurs divers.

Cette question apparaît comme fondamentale si l’on veut poursuivre la réflexion sur le rôle des statistiques pour la cause de l’égalité. Elle ne se résume pas à une interrogation binaire sur la nécessité de faire évoluer ou non le cadre légal de la production des données quantifiées, mais ouvre de multiples pistes de réflexion sur les différentes formes de nombres (bruts, ratios, indices synthétiques, issus de testings, de méthodes statistiques complexes, etc.), leur condition de production, les acteurs qui y sont attachés, leur inscription dans des dispositifs organisationnels, leur agencement, leur performativité, etc. On peut ainsi poser plusieurs questions de façon non exhaustive : où et à quelles occasions sont produits des nombres sur les discriminations, par qui et comment ? Que décide-t-on de chiffrer ou non ? Quels indicateurs sont-ils retenus, au détriment d’autres, pour tel ou tel type d’inégalité ? On veillera, à cet égard, à prêter attention aux discriminations « incomptées », non dénombrées, tout autant qu’à celles qui le sont. Quelles difficultés cette production implique-t-elle (pour récupérer les données, les mettre en forme, construire des catégories d’équivalence, etc.) et quels conflits concernant leur interprétation et leur usage ? Quelles places prennent ces données dans les différents dispositifs et organisations où elles sont produites ? Servent-elles à créer des consensus, à faire preuve, à attaquer, à se défendre ? Et finalement, quels effets ont-elles ? Permettent-elles réellement de lutter contre les discriminations (et quelles discriminations dans ce cas-là) ? Participent-elles à l’émergence de « publics » concernés ? Peuvent-elles être utilisées pour légitimer des situations de domination en masquant les rapports de force derrière leur objectivité revendiquée ?

Ces différentes questions amènent à faire dialoguer les sciences sociales des discriminations telle qu’elles sont investies par différentes approches (analyse des organisations, du droit, des politiques publiques, etc.) avec la sociologie de la quantification. Au-delà de la valorisation a priori de l’importance de compter ou au contraire de la dénonciation des effets normatifs des nombres, les recherches sur les processus de quantification offrent des outils conceptuels précieux pour appréhender les processus sociaux de construction des nombres et leur appropriation par des acteurs divers (État, entreprises, organisations internationales, juristes, militants, etc.). Le présent numéro des Cahiers de la LCD permettrait donc d’avancer dans cette thématique en regroupant des travaux déjà entamés sur ces questions, en visibilisant les modalités de construction et les usages sociaux des chiffres pris dans leur pluralité et parfois leur caractère expérimental, et en ouvrant à d’autres contextes nationaux que la France où les usages des données diffèrent. Les contributions issues de différentes disciplines des sciences sociales engagées dans la réflexion sur la mesure des discriminations (ex. sociologie, économie, science politique, droit, histoire, psychologie sociale…) sont les bienvenues.

Bibliographie indicative

Bruno I., Didier E., Prévieux J., 2014, Statactivisme. Comment lutter avec des nombres, Paris, La Découverte.

Calvès G., 2007, « Au service de la connaissance et du droit : le testing », Horizons stratégiques, 3, p. 8–16.

Chappe V.-A., 2019, « Mobilisations syndicales et statactivisme institutionnel », Revue d’anthropologie des connaissances, Vol. 13, N°4, 4, p. 1097‑1122.

Chappe V.-A., Denis J.-M., Guillaume C., Pochic S., 2019, La fin des discriminations syndicales ? Luttes judiciaires et pratiques négociées, Bellecombes-en-Bauges, Editions du Croquant.

Coron C., 2018, « La définition des indicateurs sociaux, entre recherche d’objectivation et enjeux de pouvoir : le cas de l’égalité professionnelle », Gestion 2000, Volume 35, 3, p. 109‑128.

Espeland W.N., Stevens M.L., 2008, « A sociology of quantification », European Journal of Sociology, 49, 03, p. 401–436.

Héran F., 2010, Inégalités et discriminations – Pour un usage critique et responsable de l’outil statistique : rapport du comité pour la mesure de la diversité et l’évaluation des discriminations (COMEDD), Paris, La Documentation française, 272 p.

Hirschman D., Berrey E., Rose-Greenland F., 2016, « Dequantifying diversity: affirmative action and admissions at the University of Michigan », Theory and Society, 45, 3, p. 265‑301.

Leclerc O., 2013, « Egalité des personnes et modes de preuve. A propos des usages du raisonnement statistique dans la preuve des discriminations », dans Borenfreund G., Vacarie I. (dirs.), Le droit social, l’égalité et les discriminations, Paris, Dalloz, p. 77‑94.

Mennicken A., Espeland W.N., 2019, « What’s New with Numbers? Sociological Approaches to the Study of Quantification | Annual Review of Sociology », Annual Review of Sociology, 45.

Pochic S., Chappe V.-A., 2018, « Battles through and about statistics in French pay equity bargaining: The politics of quantification at workplace level », Gender, Work & Organization, 26, 5.

Revillard A., 2019, Handicap et travail, Paris, Presses de Sciences Po.

Sabbagh D., 2003, L’égalité par le droit : les paradoxes de la discrimination positive aux États-Unis, Paris, Economica.

Simon Patrick, 2015, « La lutte contre les discriminations n’a pas eu lieu »,. Mouvements, vol. n° 83, n° 3, p. 87‑96.

Simon P., Stavo-Debauge J., 2004, « Les politiques anti-discrimination et les statistiques : paramètres d’une incohérence », Sociétés contemporaines, 1, p. 57–84.

Stavo-Debauge J., 2005, « Mobiliser les pouvoirs de la statistique pour l’action antidiscriminatoire : le cas du Royaume-Uni », Revue internationale des sciences sociales, n° 183, 1, p. 49‑62.

Stavo-Debauge J., 2011, « En quête d’une introuvable action antidiscriminatoire. Une sociologie de ce qui fait défaut », Politix, 94, 2, p. 81‑105.

Stryker R., 2001, « Disparate Impact and the Quota Debates: Law, Labor Market Sociology, and Equal Employment Policies », Sociological Quarterly, 42, 1, p. 13–46.

Ces propositions devront comprendre :

    • L’article complet (30.000 environ)
    • Une présentation de(s) auteur.e.s -2,3 publications et affiliations
    • Un résumé en français (10 lignes)
  • Privilégier des articles avec 2 niveaux de titre maximum

NORMES DE REDACTION :

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  • Pour les articles : Nom Initiale du prénom. (date), « Titre de l’article », Nom de la revue, numéro, volume, pagination (ex : pp. 10-20).
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  • Pour les articles électroniques, merci de compléter vos références par : Disponible sur : lien. Consulté le : Jour / Mois / Année.
  • Les citations (textes ou entretiens) sont proposées en « italique ».
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  • Les illustrations utilisées doivent être libre de droits (ou fournies avec un accord d’utilisation). Les graphiques et illustrations sont numérotés et comprennent titre et légende.
  • La revue propose enfin aux auteur.e.s qui souhaitent démasculiniser leurs textes de privilégier l’écriture inclusive par l’usage des points médians (et non des points de ponctuation).

Les articles feront l’objet d’une double expertise par les membres de comité scientifique

CALENDRIER

Les articles sont attendus pour le 15/11/2020 aux adresses mails suivantes

            Vincent.chappe@gmail.com

            Mireille.eberhard@univ-paris-diderot.fr

            Cahiers.lcd@gmail.com

 

Un retour aux auteurs sera effectué vers le 15/12

Une version définitive des articles est attendue pour le 15 mars 2021

Sortie du numéro : juin 2021

MUTATIONS DU TRAVAIL ET « NOUVELLES » FORMES DE DISCRIMINATIONS (N.10)

10eme numéro des Cahiers de la LCD, dirigé par Djaouidah Sehili et Tanguy Dufournet, portant sur les mutations du travail et sur les nouvelles formes de discriminations.

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SOMMAIRE

Mutations du travail et « nouvelles » formes de discriminations : introduction

Djaouidah Sehili et Tanguy Dufournet.

 

DOSSIER :

MUTATIONS DU TRAVAIL ET « NOUVELLES » FORMES DE DISCRIMINATIONS.

 

Itinéraires instables et exposition à la discrimination

Emmanuelle Marchal.

 

Changer la donne ou donner le change ? Enjeux et usages d’un groupement d’employeurs d’insertion et de qualification pour grande entreprise

Maël Dif-Pradalier.

 

Discriminations « acceptables » et racisme « inavouable » dans le travail intérimaire.

Gregory Giraudo-Baujeu.

 

Discrimination raciale ou distinction en fonction de l’expérience professionnelle ? Des ambiguïtés qui posent question.

Ibrahima Diallo.

 

Mutations du travail et renommées : quand les catégories de la statistique d’Etat discriminent les retraité.e.s en les classant comme « inactifs/ves »

Patrick Rozenblatt.

 

VARIA..

Contrôler n’est pas discriminer ? Analyse des nouveaux dispositifs de contrôle des parents étrangers d’enfants français.

Lisa Carayon 

 

Pour commander le numéro c’est par ici

Pour lire l’introduction c’est par ici

Pour lire les articles sur CAIRN c’est par ici

VARIA : LES PARADOXES DE LA LCD (N.9)

Sans titre

Pour ce 9eme numéro des Cahiers de la LCD les auteur.e.s ont été libres de proposer des articles sur l’actualité de la LCD ainsi que sur les tensions et les paradoxes qui apparaissent dans ce champ. Ce numéro Varia est aussi le fait d’un grand nombre d’articles reçus. Que tou.te.s les contributrices soient ici remercié.e.s.

 

INTRODUCTION

Controverses autour de la Lutte Contre les Discriminations : introduction (Johanna Dagorn & Arnaud Alessandrin)

 

DOSSIER : LES PARADOXES DE LA LCD.

Déterritorialiser l’exclusion, re-territorialiser le racisme et les discriminations : Quelle feuille de route pour une politique urbaine d’émancipation ? (Milena Doytcheva)

« Expérimenter le web en tant que jeune minoritaire » (Gabrielle Richard, Sigolène Couchot-Scheix, Benjamin Moignard)

Corps majoritaires, corps minoritaires. Réponses judiciaires et traitement différentiel des corps dans la justice des mineurs française (Arthur Vuattoux)

Mémoire et discrimination : quelle politique publique de lutte contre l’oubli ? Le cas de la mémoire de l’esclavage à Bordeaux (Yoann Lopez)

 

PAPIER LIBRE..

L’autre de l’autre (Abdellatif Chaouite)

 

SYNTHESES DE COLLOQUES.

Émergence, articulation et usages des critères de discrimination à l’aune de leur multiplication : Compte rendu du colloque « Multiplication des critères de discrimination. Enjeux, effets et perspectives » (18 et 19 janvier 2018) organisé par le Défenseur des droits et la mission de recherche droit et justice (Julie Voldoire)

Quel est le rôle de la ville dans la lutte contre les discriminations ?  Compte-rendu du colloque « Le rôle de la ville dans la lutte contre les discriminations » (23-24 avril 2018) organisé par l’université de Bordeaux, la ville de Bordeaux et l’association ARESVI. (Elsa Koerner.)

 

RECENSIONS.

Collet I. et Phiip (2017), Seximsme Man. Contre le seximsme, éditions Lapin (Mélanie Bourdaa)

Cerrato Debenedetti M.-C. (2018), La lutte contre les discriminations ethno-raciales en France : de l’annonce à l’esquive (1998-2016), PUR. (Marie Mercat-Bruns)

Faure E., H-Gonzalez E., Luxembourg C. (dir) (20017), La ville : quel genre ?, Le temps des cerises. (Johanna Dagorn et Arnaud Alessandrin)

 

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Pour lire l’introduction c’est ici

appel à articles n.11

Les Cahiers de la LCD

Appel à articles numéro 11

L’inclusion ou la fin de la discrimination pour les personnes handicapées :
Chimère ou réalité ?

(Sous la direction d’Hugo Dupont[1])

L’actualité dans le champ du handicap est à l’inclusion. Ce terme devenu à la mode dès qu’il s’agit de handicap, fait l’objet de nombreuses utilisations qu’elles soient politiques, juridiques ou savantes, dans des domaines aussi variés que l’espace public, l’emploi, l’éducation et la formation, la culture, le logement, etc. Ce mot est en train de remplacer peu à peu ceux d’intégration et d’insertion devenus paria. Nous pouvons citer rapidement deux exemples parmi tant d’autres pour étayer nos propos. Le premier, dans le champ de l’éducation, est la redéfinition en 2009 des Classes pour l’intégration scolaire (CLIS) en Classes pour l’inclusion scolaire (les CLIS sont depuis devenues des Unités localisées d’inclusion scolaire – ULIS-école). Le second, dans le champ de l’emploi, est celui du remplacement très récent, par un décret du 19 novembre 2018, du Conseil national de l’insertion par l’activité économique par le Conseil de l’inclusion dans l’emploi.

Dans le champ académique, nous ne comptons plus les mémoires, thèses, publications et ouvrages qui prennent pour objet le handicap et dont le titre contient les mots inclus, inclure, inclusion ou inclusif / ve. Pour ne citer que des ouvrages récents, référons-nous aux travaux de Serge Ebersold (Education inclusive : privilège ou droit ?, 2017), de David M. Engel et Frank W. Munger (Le droit à l’inclusion. Droit et identité dans les récits de vie des personnes handicapées aux Etats-Unis, 2017), d’Hélène Buisson-Fenet et Olivier Rey (Inclure le handicap, recomposer l’école ?, 2018) ou encore Magdalena Kohout-Diaz (L’éducation inclusive. Un processus en cours, 2018).

Si la sémantique de l’inclusion est aujourd’hui reprise partout et devient, revers de la médaille du succès, polysémique, il est au départ un concept qui ouvre un champ des possibles aux personnes handicapées en leur retirant l’obligation de devoir s’adapter au monde des valides et en leur donnant la légitimité de pouvoir exiger le fait que c’est à ce dernier de devoir s’adapter à eux. Le concept d’inclusion venait ainsi remplacer la notion d’intégration qui portait en elle l’exigence imposée aux personnes handicapées de devoir faire un effort pour s’intégrer. « L’objectif de l’intégration est de faire entrer dans un ensemble, d’incorporer. Il s’agit de procéder, comme on le dit en astronautique, à l’assemblage des différentes parties constitutives du système, en veillant à leur compatibilité et au bon fonctionnement de l’intégralité. Un élément extérieur, mis dedans, est appelé à s’ajuster à un système préexistant. Ce qui est ici premier est l’adaptation de la personne : si elle espère s’intégrer, elle doit, d’une manière assez proche de l’assimilation, se transformer, se normaliser, s’adapter ou se réadapter. Par contraste, une organisation sociale est inclusive lorsqu’elle module son fonctionnement, se flexibilise pour offrir, au sein de l’ensemble commun, un « chez soi pour tous ». Sans neutraliser les besoins, désirs ou destins singuliers et les résorber dans le tout. » (Gardou, 2012, pp. 36-37).

Ainsi, si on pousse la logique de l’inclusion, une société inclusive appliquerait une politique qu’on pourrait qualifier de préventive face au handicap. Nous voulons dire par là qu’elle ferait en sorte que jamais aucun obstacle ne se dresse devant un individu présentant une spécificité intellectuelle, physique, sensorielle, psychique ou autre. Une telle politique s’opposerait à une logique d’action curative et qui chercherait à compenser localement et individuellement le problème rencontré par un tel individu après qu’un groupe d’experts ait pris le temps de se pencher sur l’évaluation de la nature et de l’intensité de l’obstacle rencontré et de la légitimité de la demande exprimée par celui-ci.

Ainsi appliquée à la société et aux institutions les plus socialisatrices dans l’expérience sociale des individus, telles que l’entreprise, l’école, les lieux culturels, etc., cette logique inclusive garantirait la fin de la discrimination des personnes handicapées sans avoir besoin d’invisibiliser leurs stigmates. « Une société inclusive est une société sans privilèges, sans exclusivités ni exclusion. Sans hiérarchisation. Sans ligne Maginot pour « se protéger » de ceux qui font l’épreuve d’un dysfonctionnement de leur corps ou de leur esprit, et épuisent leurs forces à résister au danger de néantisation.  Ils n’ont pu choisir leur destin : ils l’auraient souhaité mais ils n’ont pas eu cette latitude. Nul n’a le droit de les dépouiller de leur part légitime du patrimoine commun ; de les priver du droit à avoir des droits. » (Gardou, 2012, p.151).

Depuis 2016, en France, la politique publique en matière de handicap semble vouloir se donner les moyens, en tout cas dans les discours et les textes, de rendre notre société plus inclusive. Citons deux exemples à nouveau. Le premier est le fait de la loi pour la refondation de l’école de la République » de juillet 2013 qui inscrit le mot inclusion dès le premier article du code de l’éducation. Le second exemple est celui de la circulaire du 2 mai 2017 relative à la transformation de l’offre d’accompagnement des personnes handicapées, signée par la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion de l’époque, Madame Ségolène Neuville. Il y est question de rendre « l’habitat inclusif », de créer une offre médico-sociale « plus inclusive » de « rechercher une meilleure inclusion des personnes handicapées », d’inclure les enfants handicapés à l’école ordinaire, etc. Depuis, les Agences régionales de santé et les rectorats de l’Education nationale ont reçu des directives précises pour agir en ce sens et ont été désignées comme devant appliquer cette politique dite du virage inclusif dans les territoires. Il est possible de multiplier les exemples de textes officiels qui usent de ce vocabulaire et disent vouloir travailler à l’évolution de la société pour la rendre plus inclusive.

Si, comme l’affirme Charles Gardou, une société véritablement inclusive n’est plus discriminante pour les personnes handicapées et si l’Etat met en place des politiques qui visent à rendre notre société plus inclusive, alors, les expériences de discriminations de la part des personnes handicapées devraient s’atténuer. Partant de ce constat théorique, cet appel à article pour les Cahiers de la Lutte Contre les Discriminations cherche à recenser des travaux capables de décrire la façon dont la société et les institutions qui la composent prétendent, parviennent ou échouent à se rendre plus inclusives et ainsi de percevoir la façon dont les discriminations envers les personnes handicapées s’expriment dans ce nouveau contexte. Les formes et les logiques légitimantes de disqualifications et de discriminations des personnes handicapées persistent-elles et évoluent-elles en même temps et malgré le fait que s’affirme, dans les discours et les textes au moins, une logique inclusive ? L’objectif est de permettre d’avoir une lecture de la réalité sociale en la matière éloignée des discours politiques et médiatiques grandiloquents qui n’ont de cesse, pour se légitimer, d’affirmer que notre société est enfin inclusive ou le sera bientôt pour les personnes handicapées (voir par exemple l’annonce de Jean-Michel Blanquer et de Sophie Cluzel qui affirment que l’école sera pleinement inclusive en 2022).

Nous avons bien conscience que la sémantique de l’inclusion s’applique également à d’autres populations (personnes migrantes, gens du voyage, etc.) mais cet appel à article a pour vocation à se concentrer sur la question de l’inclusion de personnes handicapées, ne serait-ce que du fait des compétences limitées du directeur du numéro. En revanche, il n’exclut pas des propositions s’interrogeant sur une éventuelle discrimination intersectionnelle et l’intérêt d’une approche fondée sur l’inclusion dans de pareils cas. Enfin, il ne trace aucune frontière institutionnelle ou nationale : tous travaux prenant appui sur une réalité empirique quelle qu’elle soit sont les bienvenus, qu’il s’agisse de l’école, de l’emploi, de l’espace public, de l’accès à la culture, etc. que ce soit en France, en Europe ou ailleurs dans le monde. Sont les bienvenus également des recensions d’ouvrages sur le sujet, qu’il s’agisse des travaux cités dans cet appel à articles ou non.

Bibliographie :

BUISSON-FENET Hélène et REY Olivier, Inclure le handicap, recomposer l’école ?, Paris, ENS Editions.

EBERSOLD Serge (2017), Education inclusive : privilège ou droit ?, Grenoble, PUG.

ENGEL David M. et MUNGER Frank W. (2017), Le droit à l’inclusion. Droit et identité dans les récits de vie des personnes handicapées aux Etats-Unis, Paris, Editions de l’EHESS.

GARDOU Charles (2012), La société inclusive, parlons-en !, Toulouse, Editions érès.

KOHOUT-DIAZ Magdalena (2018), L’éducation inclusive. Un processus en cours, Toulouse, Editions érès.

Style des propositions à contributions attendus :

  • Les propositions d’articles sont attendues avant le 02 septembre 2019.
  • Les propositions devront comprendre :
  • L’article complet (30.000 environ)
  • Une présentation de(s) auteur.e.s -2,3 publications et affiliations et adresse mail
  • Un résumé en français (10lignes)
  • Entre 3 et 5 mots clés
  • Les normes de mise en page sont disponibles à l’adresse suivante : http://www.lescahiersdelalcd.com/appel-a-articles/appel-a-articles-permanent/

Dates limites d’envoi et conditions :

  • L’ensemble des articles soumis à expertise devront-être envoyés à l’adresse suivante avant le 02 septembre 2019 : lcd@gmail.com et hugo.dupont@univ-poitiers.fr
  • Les articles feront l’objet d’une double expertise
  • Les auteur.e.s seront informé.e.s de la recevabilité de leur proposition, ou de la correction et types de corrections le 21 octobre 2019
  • Les articles retenus devront être envoyés modifiés, avant le 20 janvier 2020.

La publication de ce numéro sur est prévue en avril 2020.

[1] Hugo Dupont, Maître de Conférences en Sociologie, Université de Poitiers, Gresco (EA 3815)

 

EDUCATION POPULAIRE ET ANIMATION FACE AUX DISCRIMINATIONS (N.8)

LCD 8Pour son 8eme numéro, les cahiers de la LCD se penchent sur les questions d’animation et d’éducation populaire (sous la direction de Yaëlle Amsellem-Mainguy, Régis Cortesero et Emmanuel Porte)

 

Introduction (Yaëlle Amsellem-Mainguy, Régis Cortesero et Emmanuel Porte).

Dossier

Mésentente autour d’une expérience d’empowerment consacrée à la lutte contre les discriminations OU Discrimination, empowerment et mésentente (Hélène Balazard et Sandrine Rui).

Quand la participation de la jeunesse des cités devient politique La résistible reconnaissance des discriminations dans un conseil local des jeunes (Samir Hadj Belgacem).

Interview d’Amandine Gay et Guillaume Coti

La « pédagogie critique de la norme », sortir de la tolérance pour lutter contre les discriminations (Caroline Janvre).

 

VARIA.

« C’est mignon ton accent, tu viens d’où ? » Pour une prise en compte des rapports sociaux dans l’étude des discriminations (Romane Blassel).

 

RECENSIONS.

Laurence Rosier, De l’insulte… aux femmes, 180° éditions, 2018, 180 p. (Émilie Née).

Taharount K., « On est chez nous ». Histoire des tentatives d’organisation politique de l’immigration politique et des quartiers populaires (1981-1988), Éditions Solnitsata, 2017 (Djaouida Sehili)

 

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appel à articles n.10

APPEL A ARTICLES N.10

Mutations du Travail et « nouvelles » formes de discriminations

Sous la direction de Tanguy Dufournet et Djaouida Séhili

 

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S’il est un domaine qui ne peut échapper aux inégalités de traitement et à toutes les formes de discrimination, c’est bien celui du travail. Or, depuis les cinquante dernières années, celui-ci subit des mutations profondes[1]. Pour le dire synthétiquement, la mise en œuvre de modalités de travail « flexibles » a impacté les conditions d’emploi et les rapports sociaux qui en découlent[2]. En effet, pour l’essentiel, ces « nouvelles » organisations combinent un usage massif des outils d’automation dorénavant associés aux dites NTIC[3] (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), permettant de coordonner, dans le temps et l’espace, des organisations internalisées et externalisées ; un ajustement de la production, matériel ou de service, à la demande fluctuante des marchés ; et enfin un ajustement modulable des effectifs statutaires et/ou précaires. Ces transitions en cours sur le marché du travail[4] s’accompagnent de transformations institutionnelle, juridique, sociale et sociétale, dont il est encore difficile de mesurer toutes les conséquences sur les individu.e.s.

Ce numéro des Cahiers de la Lutte Contre les Discriminations entend donc s’intéresser aux mutations du travail, tant dans leurs dynamiques de transformations non stabilisées dans un contexte de chômage de masse, que dans leurs conséquences discriminatoires sur les personnes selon leur genre, classe, race, état de santé, âge, etc. Ce qui invite les auteur.e.s à les appréhender à la fois dans leur dimension interdisciplinaire et internationale. Dans ce sillage, les contributions mettant en perspective une approche intersectionnelle[5], rendant compte de la complexité des discriminations, seront particulièrement privilégiées dans ce numéro de la revue.

En fait, de nombreuses études montrent que ces nouvelles « formes particulières » de mise au travail sont surtout un prélude au précariat[6]. Également dites « atypiques », du fait qu’elles se distinguent du modèle dominant des années 50 à 70 (CDI, temps plein et unicité de l’employeur), ces formes complexes de mise au travail redéfinissent fondamentalement les collectifs de travail, jusqu’alors principalement fondées sur les métiers et les professions, et durablement situés notamment dans un même espace de production délimité, comme l’usine ou le bureau. Sur quel « commun » ces collectifs se constituent-ils ? À partir de quelles expériences partagées se fédèrent-ils ? En somme, ces mutations du travail tendent-elles à une segmentation accrue ou une atomisation des salarié.e.s ? Aussi, si collectif il y a, alors comment ces « nouveaux collectifs » sont-il nommés, valorisés, ou dévalorisés ? Comment ces mutations transforment-elles ou limitent-elles les conditions de mobilisations à visées revendicatrices ou émancipatrices ? Que disent ces collectifs du « nouveau » rapport au travail qui s’instaure ? Permettent-ils de réinventer la scission entre travailleur.euse.s et non-travailleur.euse.s ? De manière générale, quels sont les impacts sur les socialisations[7] ?

De plus, les mutations du travail en cours combinent des noyaux de personnels, souvent sous statuts différents (CDI/CDD/Intérim), l’usage de personnels permanents, mais aussi de plus en plus, l’usage de services et personnes externalisés entérinant ainsi l’idée d’une ubérisation incontournable (voire souhaitable) du travail. Comment cette invalorisation massive du travail conduit-elle ou va-t-elle conduire à la création de nouvelles figures de la précarité ?  Paradoxalement, peut-on aussi voir dans ces processus d’invalorisation du travail[8] l’occasion d’intégrer au « marché de l’emploi » des populations jusqu’alors exclues ? À quel prix/coût s’intègrent-elles ? À quoi doivent-elles éventuellement renoncer comme droits, acquis sociaux, qualité des conditions de travail, etc. ?

Enfin, et surtout, ces mutations du travail introduisent, notamment depuis ces vingt dernières années, une mixité des temps et de lieux de l’intervention productive permettant de déplacer « hors les murs » de l’entreprise, dans un travail « multi-situé[9] » tout ou partie de la réalisation des missions inscrites dans les contrats de travail vers le domicile des individu.e.s avec le développement du micro-entrepreneuriat, du télétravail, du travail occasionnel, du travail en free-lance, du travail nomade, etc. Aussi, l’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) devient un enjeu central dans ces formes de travail. Ici, se pose donc la question de la maîtrise de ces technologies mais également de l’accès aux espaces connectés (ruralités/urbanités, centres-villes/banlieues, etc.). Ces nouvelles formes de travail vont-elles accentuer ou réduire les inégalités territoriales ? Les NTIC, en tant qu’outil raffinant les modes de contrôle et de gestion du travail et des personnels conduisent-elles à la mise en place de stratégie de contournement ? Si oui, toutes les populations ont-elles les mêmes capacités à agir sur ces éléments qui structurent leur activité ?

Dans un cadre légal et contractualisé ou sous une forme diffuse sans plus de normativité, ces innovations se conçoivent au travers de l’essor du « travailler pour soi » (par l’intermédiaire d’une plateforme numérique) et/ou du « travailler chez soi » (par l’importation de son travail chez soi qu’il concerne directement un emploi qui s’y exerce totalement ou partiellement). Au prisme de cette acception, tout comme le travail, l’emploi (du plus stable au plus précaire) est désormais multi-situé et touche l’ensemble des strates de la société jusqu’à l’intérieur du domicile des individu-e-s. Dans ces conditions, la frontière entre ce qui se nomme encore communément, en sociologie, la sphère productive et la sphère reproductive[10] se trouve ici véritablement impactée. L’habitat joue-t-il un rôle comme vecteur d’accès ou d’éloignement à l’emploi ? Les manières d’habiter[11] impactent-elles également ce rapport au travail ? Des inégalités quant à la gestion par l’habitant.e[12] de la polymorphie spatio-temporelle[13] de la maisonnée sont-elles perceptibles ? Les femmes sont-elles encore et toujours lésée dans cette répartition des espaces où s’invite désormais le travail ? La qualité des conditions de travail ou même l’accès au travail deviennent-ils le corolaire d’un « capital logement » (studio, pièce dédiée, mise aux normes, etc.) ?

Enfin, ces mutations du travail visant à une amélioration de la productivité en investissant ou en ré-investissant une multitude d’espace comme unité de production (espace de coworking, slow coffee, domicile, bibliothèque, hall de gare, etc.) transforment-elles la hiérarchisation des compétences[14] et des savoirs professionnels[15] ? Modifient-elles les qualifications au travail[16] ? En somme quelles sont les compétences aujourd’hui valorisées ou dévalorisées et quelles conséquences cela a-t-il sur les personnes ? De plus, si la productivité devient potentiellement le nouveau paradigme du rapport au travail alors comment cela conduit-il à une extension des temps du travail au détriment d’autres temps ? Comment cela impacte-t-il l’état de santé des personnes qui peuvent, pour maintenir la cadence, ne plus prendre d’arrêt de travail ? Cela conduit-il a une augmentation des maladies socio-professionnelles (burn out, etc.) et a une mise en place méritocratique des soins ou des moyens de prévention ? En bref, ces mutations du travail conduisent-elles à faire de l’exception la règle ?

Dans ce numéro, il conviendra donc aux auteur.e.s, de saisir en quoi la détérioration du salariat, induite par ces nouvelles logiques dites collaboratives, peut induire de formes spécifiques d’inégalités et de discriminations dont les enjeux de sociabilité et d’inégalités qui en résultent sont loin d’être connues dans leurs conséquences et encore moins maîtrisés.

 

Conditions de soumission :

L’ensemble des articles soumis à expertise devront être envoyés avant le 15 décembre 2018 aux deux adresses suivantes : tanguy.dufournet@univ-lyon2.fr et djaouida.sehili@univ-lyon2.fr

Les articles feront l’objet d’une double expertise.

Les auteur.e.s seront informé.e.s de la recevabilité de leur proposition, ou de la correction et types de corrections le 15 février  2019 au plus tard.

Les articles retenus devront être envoyés modifiés, avant le 19 avril 2019

La publication du numéro 10 est prévue pour fin juin 2019

 

Ces propositions devront comprendre :

  • L’article complet (30 000 maximum)
  • Une présentation de(s) auteur.e.s -2,3 publications et affiliations
  • Un résumé en français (10 lignes)

Des notes de lecture, recensions, notes de synthèses sont aussi attendues.

Des chroniques, témoignages et entretiens peuvent être proposés en concertation avec les coordinateur.trice.s du numéro.

 

 

Normes de la rédaction

  • Les notes de bas de page ne renvoient pas aux références bibliographiques mais permettent d’indiquer des éléments n’apparaissant pas dans le texte.
  • Les références s’écrivent dans le texte (NOM, Date) : si plusieurs références d’un même auteur renvoient à la même date, merci d’accoler à cette dernière une lettre (a, b, c) que l’on retrouvera en bibliographie.
  • Pour les livres : Nom Initiale du prénom. (date), Titre du livre, édition, collection, date.
  • Pour les articles : Nom Initiale du prénom. (date), « Titre de l’article », Nom de la revue, numéro, volume, pagination (ex : pp. 10-20).
  • Pour un chapitre de livre : Nom Initiale du prénom. (date), « Titre de l’article », in Titre du livre(Nom de / de la dir., Initiale du prénom, dir.), éditeur, coll., pagination (ex : pp. 10-20).
  • Pour les articles électroniques, merci de compléter vos références par : Disponible sur : lien. Consulté le : Jour / Mois / Année
  • Les citations (textes ou entretiens) sont proposées en « italique ».
  • Chaque auteur.e soulignera 2-3 phrases importantes de son texte afin que ces dernières puissent être mises en exergue lors de la mise en page.
  • Les illustrations utilisées doivent être libre de droits (ou fournies avec un accord d’utilisation). Les graphiques et illustrations sont numérotés et comprennent titre et légende.

Bibliographie :

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Colombo Enzo et Rebughini Paola, « Potentialités de l’intersectionnalité : réflexions à partir d’une recherche sur la précarité du travail chez les jeunes italiens », Interrogations, 15 juillet 2015, no 20, Penser l’intersectionnalité, consulté le 19 juin 2016, URL : http://www.revue-interrogations.org/Potentialites-de-l.

Dhume Fabrice, « De la discrimination du marché au marché de la discrimination », Mouvements, 2007, vol. 49, Le gouvernement des enfants, pp. 128‑136.

Dreyer Pascal et Ennuyer Bernard, Le chez-soi à l’épreuve des pratiques professionnelles: acteurs de l’habitat et de l’aide à domicile, Paris, Chronique sociale, Comprendre les personnes, 2017, 339 p.

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Notes :

[1] Tanguy Dufournet et Djaouida Séhili, « Mutations des rapports au travail », in France, 2017.

Claude Dubar, La crise des identités. L’interprétation d’une mutation, 4e édition., Paris, Presses Universitaires de France, Le lien social, 2010.

[2] Djaouida Séhili, La castration sociale, Collection « Le Présent Avenir », Editions Syllepse, Paris, 2003.

[3] John Carey, « Retour vers le futur : comment les technologies de communication pénètrent dans les foyers américains », Réseaux, 29 août 2014, Les cultural studies, no 80, pp. 145‑157.

[4] Fabrice Dhume, « De la discrimination du marché au marché de la discrimination », Mouvements, 2007, vol. 49, Le gouvernement des enfants, pp. 128‑136 Emmanuelle Marchal, Les embarras des recruteurs: enquête sur le marché du travail, Paris, EHESS, Cas de figure, 2015.

[5] Éric Fassin, « Les langages de l’intersectionnalité », Raisons politiques, 3 juillet 2015, Les langages de l’intersectionnalité, no 58, pp. 5‑7.

Farinaz Fassa et Éléonore Lépinard, L’intersectionnalité: enjeux théoriques et politiques, Paris, La Dispute, Le genre du monde, 2016.

[6] Enzo Colombo et Paola Rebughini, « Potentialités de l’intersectionnalité : réflexions à partir d’une recherche sur la précarité du travail chez les jeunes italiens », Interrogations, 15 juillet 2015, no 20.

[7] Claude Dubar, La socialisation: construction des identités sociales et professionnelles, 4e édition revue., Paris, Armand Colin, Collection U, 2010.

[8] Patrick Rozenblatt, Razzia sur le travail: critique de l’invalorisation du travail au 21e siècle, Paris, France, Syllepse,  Sens dessus dessous, 2017.

[9] Tanguy Dufournet, Patrick Rozenblatt et Djaouida Séhili, L’essor du travail chez soi et les modalités spécifiques d’organisation du travail «multi-situé» [Rapport], France, Centre Max Weber – CNRS, Université Lumière Lyon 2 ; Leroy Merlin Source, 2018.

[10] Diane-Gabrielle Tremblay, « Le télétravail : son impact sur l’organisation du travail des femmes et l’articulation emploi-famille », Recherches féministes, 2001, no 14, Féminin pluriel, p. 53.

Diane-Gabrielle Tremblay, Catherine Chevrier et Martine Di Loreto, « Le télétravail à domicile : meilleure conciliation emploi-famille ou source d’envahissement de la vie privée ? », Revue Interventions économiques, 1 juillet 2006, no 34, Télétravail, travail nomade, e-work et travail à domicile : les enjeux actuels.

[11] Nadège Leroux, « Qu’est-ce qu’habiter ? », VST – Vie sociale et traitements, 30 septembre 2008, no 97, pp. 14‑25.

[12] Perla Serfaty-Garzon, « Le Chez-soi : habitat et intimité », in Dictionnaire critique de l’habitat et du logement, Paris, France, Armand Colin, 2003.

[13] Pascal Dreyer et Bernard Ennuyer, Le chez-soi à l’épreuve des pratiques professionnelles: acteurs de l’habitat et de l’aide à domicile, Paris, Chronique sociale, Comprendre les personnes, 2017.

[14] Djaouida Sehili, « Evaluation sous influences à EDF–GDF », dans Délit de gestion, sous la Direction de Salvatore MAUGERI, Editions La Dispute, Paris, 2001.

[15] Gaëtan Flocco, Des dominants très dominés: pourquoi les cadres acceptent leur servitude, Paris, Raison d’agir, 2015.

[16] Pierre Naville, Essai sur la qualification du travail, Réédition Patrick Rozenblatt et Djaouida Sehili (dir.), Paris, Syllepse, Sens dessus dessous, 2012.