LES CAHIERS DE LA LCD : NOUVELLE REVUE !

Les cahiers de la LCD sont une « nouvelle » revue dans le paysage universitaire français. Ils visent à rassembler les connaissances et enrichir la réflexion et l’action autour des questions liées à la lutte contre les discriminations. Ainsi formulés, les cahiers ne sont pas uniquement une revue « qui traite » des discriminations mais également une revue « qui lutte » contre ces dernières à travers les propositions des chercheuses et chercheurs, mais aussi des acteurs et actrices de la lutte contre les discriminations. A destination des universitaires et étudiant.e.s comme des professionnel.le.s du champ des discriminations, les cahiers de la LCD encouragent des propositions d’articles et de thématiques variés, à l’interface des compétences académiques et professionnelles.

Depuis 2018, la revue est disponible sur Cairn à cette adresse : Cahiers de la LCD

Johanna Dagorn & Arnaud Alessandrin

Appel à articles n.17 : Handicaps invisibles et discriminations

(Sous la direction d’Anastasia MEIDANI[1])

Cet appel à article (AAA) pour les Cahiers de la Lutte Contre les Discriminations a pour vocation à se concentrer sur le diptyque discrimination et handicap, en braquant le projecteur sur des situations de handicap invisible, explorées suite à des traumatismes crâniens, accidents vasculaires cérébraux, pathologies psychiatriques, tumeurs cérébrales et autres maladies graves et chroniques, dont les séquelles résiduelles ne sont pas toujours déchiffrables à « l’œil nu ».

À travers certaines publications récentes (Darmon, 2021 ; Desjeux, 2021 ; Ancet, 2021), on observe un intérêt croissant autour des questions de lésions cérébrales, sans jamais qu’elles ne parviennent à entrer en résonnance avec les questions de discriminations à proprement parler. À partir de ce constat, deux logiques pourront nous intéresser. La première, plus théorique, s’attarde sur les concepts et les approches théoriques qui discutent ce binôme ; que ces éléments de cadrage relèvent du champ du handicap, de la discrimination ou de leur intersection, envisagés ici sous un angle pluridisciplinaire. La seconde partie de cet AAA, davantage ancrée empiriquement, cherche à rendre compte des situations discriminatoires variées et, à la fois, du défi méthodologique que ces situations soulèvent, dès lors qu’il s’agit d’administrer la preuve de leur existence– qui, plus est, prennent pour cible les personnes vivant avec un handicap invisible. Tout l’enjeu consiste alors à appréhender la complexité théorique et empirique des situations observées, quelle que soit la forme des discriminations considérées : plus ou moins directes et supposées faciles à repérer ou indirectes, insidieuses et difficiles à saisir. À l’intersection de ces deux pôles, théorique et empirique, s’interroger sur les conditions socio-politiques et historiques qui participent de la production des discriminations à l’encontre des personnes vivant avec un handicap invisible, revient à déceler les mécanismes qui contribuent à leur déploiement, afin de contrer leur banalisation, leur maintien ou leur amplification.

Pour ce qui a trait, en particulier au premier volet de cet AAA, il s’agit de rendre compte de différentes catégorisations qui régissent le champ du handicap invisible et de la discrimination :

  • réfléchir sur la notion de « la discrimination ordinaire » et interroger celle de la « discrimination positive », bien souvent appréhendée comme un instrument de lutte contre les pratiques discriminatoires (renouer avec la différence pour faire reculer les discriminations) (Castel, 2007 ; Dubet et al., 2013) ;
  • poser la question des « discriminations sans stigmate » (éminemment associées à la révélation des situations de handicap invisible par la personne concernée elle-même à son entourage) et, par là-même, revenir sur le processus de stigmatisation (Goffman,  1975), de disqualification (Paugam, 2009) et/ou d’étiquetage (Becker, 1985) ;
  • analyser la porosité des frontières entre handicaps visibles et invisibles et scruter les discriminations propres aux situations de handicap invisible,  tant dans leurs expressions publiques qu’à partir des avatars de l’intime ;
  • appréhender les liens conceptuels que le couple discriminations/handicaps entretient avec la société inclusive (Gardou, 2012) ;
  • rendre compte des droits fondamentaux et des politiques publiques qui régissent l’expérience du handicap invisible et discuter leur place dans les institutions et l’action sociale (Velpry et al., 2022 ; Ville et al., 2020) ;
  • questionner les expériences (singulières et collectives) du handicap invisible, à partir de l’approche théorique de la liminalité, chère à Robert Murphy (1987) ;

Voici, à titre d’exemple, quelques entrées thématiques qui pourraient venir nourrir les réflexions attendues pour la première partie de ce numéro thématique.

Quant au second volet de cet AAA, il s’attache à analyser des situations discriminatoires qui composent généralement les expériences de l’handicap invisible, repérées en France ou ailleurs dans le monde, dans le champ de l’autonomie, de la participation sociale, de l’éducation, du logement, de l’emploi, de l’intervention sociale, de la santé, du soin (care versus cure) (Ibos et al., 2019), de la sphère privée et intime (familiale, conjugale, sexuelle etc.) ou encore de la sphère institutionnelle (établissements d’accueil des personnes reconnues handicapées, hôpitaux etc.), vis-à-vis de l’égalité, du droit, de la parité… Ces situations peuvent cibler tant les personnes directement concernées par le handicap invisible, que leurs proches et/ou les professionnel.le.s impliqué.e.s dans leur suivi. Au cœur des questions méthodologiques inhérentes à ce terrain de recherche, les articles portant sur la sémantique et le champ lexical mobilisés pour dire le handicap invisible, les discriminations afférentes et les composantes émotionnelles qui les traversent, ainsi que les représentations qui sous-tendent ces expériences ont tout à fait leur place ici. Incitant les auteur.e.s à considérer différents âges de la vie et des appartenances sociales multiples (de classe, de genre, ethno-raciales…), le présent numéro saura aussi faire place aux contributions qui interrogent les discriminations sous un angle intersectionnel. Ce faisant, cette seconde section de l’appel à article cherche à recenser des travaux susceptibles de décrire, non seulement, la façon dont les institutions parviennent (ou pas) à faire société autour du handicap invisible, mais aussi la façon dont les principales personnes concernées par ces épreuves s’expriment, vivent, composent avec les expériences discriminatoires et, à la fois, les logiques légitimantes de disqualification qui sont mobilisées pour en rendre compte.

L’objectif est alors de favoriser une lecture dynamique – et non pas statique – de la réalité sociale du handicap invisible, éloignée des discours médiatiques politiquement corrects, qui se plaisent de répéter la fin prochaine des discriminations, située à mi-chemin d’une société inclusive et d’une participation sociale optimale. Dès lors, il s’agit de donner à voir dans quelle mesure et de quelles façons les mécanismes discriminatoires et les logiques qui les sous-tendent persistent ou et se recomposent au fil du temps, prenant le pli du contexte de leur production.

Bibliographie :

Ancet, Pierre. L’épreuve du temps. Accidents, répétitions, rythmes et handicap. Érès, 2021.

Becker Howard, Outsiders, Études de sociologie de la déviance (trad. fr. J.-P. Briand, J.-M. Chapoulie), Métailié, 1985.

Castel, Robert. « La discrimination négative. Citoyens ou indigènes?. » Lectures, Les livres (2007).

Chappe, Vincent-Arnaud, Mireille Eberhard, and Cécile Guillaume. « La fabrique des discriminations. » Terrains travaux 2 (2016): 5-19.

Darmon, Muriel. Réparer les cerveaux: sociologie des pertes et des récupérations post-AVC. La Découverte, 2021.

Desjeux, Cyril. La société des invisibles: immersion dans le monde du handicap et des lésions cérébrales. Éditions Complicités, 2021.

Dubet, François, et al. Pourquoi moi?. L’expérience des discriminations: L’expérience des discriminations. Média Diffusion, 2013.

Dufour, Pierre, Audrey Parron, and Tristan Salord. « De la pitié à la reconnaissance: identification, distanciation et invisibilisation dans le travail de care et dans les politiques du handicap. » Cahiers philosophiques 1 (2014): 44-57.

Fassin, Didier, and Jean-Louis Halpérin. Discriminations: pratiques, savoirs, politiques. La Documentation française, 2009.

Gardou, Charles. La société inclusive, parlons-en ! Il n’y a pas de vie minuscule. Érès, 2012.

Goffman Erving (1963). Stigmate : Les usages sociaux des handicaps, traduit de l’anglais par Alain Kihm, « Le Sens commun », Éditions de Minuit, 1975.

Ibos, Caroline, et al. Vers une société du care. Une politique de l’attention. Le Cavalier Bleu, 2019.

Lanquetin, Marie-Thérèse. « Égalité, diversité et… discriminations multiples. » Travail, genre et sociétés 1 (2009): 91-106.

Légal, Jean-Baptiste, and Sylvain Delouvée. Stéréotypes, préjugés et discriminations-3e éd. Dunod, 2021.

Lovell, Anne M., Aurélien Troisoeufs, and Marion Mora. « Du handicap psychique aux paradoxes de sa reconnaissance: éléments d’un savoir ordinaire des personnes vivant avec un trouble psychique grave. » Revue française des affaires sociales 1 (2009): 209-227.

Masclet, Olivier. Sociologie de la diversité et des discriminations. Armand Colin, 2017.

Murphy Robert F. (1987). Vivre à corps perdu. Le témoignage et le combat d’un anthropologue paralysé, Plon, « Terre humaine », 1990.

Paugam, Serge. La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté. Presses Universitaires de France, 2009.

Simon, Patrick. « Introduction au dossier:«la construction des discriminations». » Sociétés contemporaines 1 (2004): 5-10.

Simon Patrick. « La lutte contre les discriminations n’a pas eu lieu. » Mouvements (2015) 87-96

Velpry, Livia, Pierre A. Vidal-Naquet, and Benoît Eyraud, eds. Contrainte et consentement en santé mentale: forcer, influencer, coopérer. Presses universitaires de Rennes, 2022.

Ville Isabelle, Fillion Emmanuelle, and Ravaud Jean-François. Introduction à la sociologie du handicap. Histoire, politiques et expérience. De Boeck Supérieur, « Ouvertures politiques », 2020.

Style des propositions à contributions attendus :

  • Les propositions devront comprendre :
  • L’article complet (30.000 environ)
  • Une présentation de(s) auteur.e.s -2,3 publications et affiliations et adresse mail
  • Un résumé en français (10lignes)
  • Entre 3 et 5 mots clés
  • Les normes de mise en page sont disponibles à l’adresse suivante : http://www.lescahiersdelalcd.com/appel-a-articles/appel-a-articles-permanent/

Dates limites d’envoi et conditions :

  • L’ensemble des articles soumis à expertise devront-être envoyés à l’adresse suivante avant le 01 Janvier 2023 : lcd@gmail.com et anastasia.meidani@univ-tlse2.fr
  • Les articles feront l’objet d’une double expertise
  • Les auteur.e.s seront informé.e.s de la recevabilité de leur proposition, ou de la correction et types de corrections le 01 mars 2023
  • Les articles retenus devront être envoyés modifiés, le 01 avril 2023.
  • Les dernières corrections pourront être apportées avant le 01 mai 2023

La publication de ce numéro sur les Cahiers de la LCD est prévue en juin2023.


[1] MCF HDR en Sociologie à l’UT2J, LISST, en délégation de recherche CNRS au CERTOP.

APPEL A ARTICLES N.18

Ce que font les discriminations aux émotions

Sous la direction de :

Stéphane Héas (MCF HDR, sociologue, Université de Rennes 2, Laboratoire VIPS2)

Omar Zanna (PU, docteur en sociologie et  psychologie,  Université du Mans, Laboratoire CREN)

Les analyses des discriminations rappellent que dans les pays disposant d’un cadre légal de lutte, au moins quelques  éléments sont repérés. Désormais pénalisables, elles demeurent dissimulées dans certaines situations et professions (Body-Gendrot, Wihtol de Wenden, 2003). C’est le cas dans les sports et les activités physiques (Liotard, 2017 ; Héas, 2010) comme dans d’autres secteurs tels la police, la justice, l’école (Dowler, Zawilski, 2007 ; Brinbaum, Chauvel, Tenret, 2013 ; Felouzis, Fouquet-Chauprade, Charmillot, 2015). Les auteurs poursuivis juridiquement forment une portion congrue (tel un « chiffre noir ») de l’ensemble des situations puisque les plaintes exprimées et déposées sont et persistent très en deçà des réalités vécues. Nombre de personnes se retrouvent en effet confrontées au quotidien à des situations d’assignation, de stigmatisation, parfois ostentatoires, de racisme – parfois sous forme de micro-agression -, d’interpellations, de remarques … au seul motif de leurs différences réelles ou supposées. Situations paradoxales dans des sociétés qui appellent de leurs vœux l’inclusion,  c’est-à-dire faire de la différence la norme (Dubet et al., 2013).

Si la lutte contre les discriminations est désormais bien documentée et légiférée, il semble que la France n’ait pas encore totalement pris la mesure du phénomène (Talpin et al., 2021) et de ses répercussions corrosives (Sennett, 1998) sur ceux et celles qui vivent les effets de « la société du mépris » (Honneth, 2006). En effet, bien qu’officiellement et légalement pourchassées, réprouvées, dénoncées, condamnées… les discriminations lorsqu’elles suscitent et mettent en scène des émotions partagées (ou pas) sont susceptibles de perdre en légitimité en ce sens où l’on peut y voir une revendication irrationnelle. Autrement dit, lorsqu’une discrimination s’accompagne de trop d’émois, elle court toujours le risque de se voir discréditée : pas assez rationnelle, dépolitisée, trop sensationnelle : Finalement, les émotions générées par les discriminations ne joueraient-elles pas contre les inégalités ?

Par ailleurs, si les chercheurs/ses en sciences sociales notamment creusent le sillon de la recherche en matière de discrimination depuis plus de deux décennies en proposant des grilles de lecture pour comprendre ce processus en œuvre (Dubet, 2022), moins nombreux sont ceux qui se saisissent de la loupe de la vie affective pour observer finement les vies des individus afin de rendre compte de la manière dont ces personnes victimes de discriminations, uniques ou répétées, les vivent émotionnellement (Zanna, 2010). Il conviendra donc d’interroger ce que les traces, parfois profondes, laissées par les émotions de la discrimination font aux personnes et comment, in fine, elles façonnent leurs parcours de vie.

Ces émotions ressenties, exprimées et partagées par les personnes concernées (mais aussi leurs proches ou les témoins) sont précieuses pour comprendre ce que font les discriminations aux émotions et par ricochet au social. Et c’est particulièrement la manière dont les individus vivent émotionnellement ces mises à l’index et la façon avec laquelle ces émotions sont sémantisées, métabolisées, qui retient ici notre attention.

Quatre axes de réponses sont proposés pour affiner le regard :

  1. D’une part, une attention apportée à ces émotions qui peuvent être ambivalentes, voire contradictoires après l’évènement discriminatoire : colère, abattement, tristesse, dépression, surplus de motivation, voire fierté !
  2. Deuxièmement, une focale sur les espaces d’expression des émotions, avec des mises en récits dans des romans, sur les réseaux sociaux, dans les lieux associatifs, voire les groupes de pair·e·s.
  3. Troisièmement, l’analyse des expressions et traductions artistiques de ces émotions des discriminations.
  4. Un regard sur le milieu scolaire sera apprécié : le harcèlement dans et par le milieu scolaire est souvent vécu comme une forme de discrimination par les élèves notamment, comment ces atteintes émotionnelles répétées se traduisent-elles au long cours sur à l’estime de soi et les relations sociales ?

Bibliographie

Belorgey, J.M. (2006). « Discrimination ordinaire/discrimination positive : Quelle place pour la différence ? », Vie sociale, vol. 3, n° 3, 31-37.

Body-Gendrot S., Wihtol de Wenden C., (2003).Police et discriminations raciales, le tabou français, Paris, Les éditions de l’Atelier/ Les éditions ouvrières.

Brinbaum, Y., Chauvel, S. & Tenret, É. (2013). « Quelles expériences de la discrimination à l’école ? Entre dénonciation du racisme et discours méritocratique », Migrations Société, 147-148, 97-110. https://doi.org/10.3917/migra.147.0097

Dowler K., Zawilski V., (2007). Public perceptions of police misconduct and discrimination: Examining the impact of media consumption”, Journal of Criminal Justice, 35,193-203.

Dubet, F., Cousin, O., Macé, E., Rui, S., (2013) Pourquoi moi ? L’expérience des discriminations, Paris, Le Seuil.

Dubet, F. (2022), Tous inégaux, tous singuliers, Paris, Le Seuil.

Felouzis, G., Fouquet-Chauprade B., Charmillot, S. (2015). « Les descendants d’immigrés à l’école en France : entre discontinuité culturelle et discrimination systémique », Revue française de pédagogie [En ligne], 191 | avril-mai-juin 2015, mis en ligne le 30 juin 2018, consulté le 28 avril 2022.

Héas, S. (2010). Les discriminations dans les sports. Nancy, PUN.

Honneth A., (2006). La société du mépris, Paris, La Découverte

Liotard, Ph. (2017). « Introduction : exposition aux discriminations ordinaires dans les sports », Les Cahiers de la LCD, 2/4,13-24.

Sennett, R (1998). The Corrosion of Character, The Personal Consequences of Work in the New Capitalism, NY, W.W. Norton & Company.

Talpin J., Balazard H., Carrel M., Hadj Belgacem S., Kaya S., Purenne A., Roux G., (2021), L’épreuve de la discrimination, Paris, PUF.

Zanna O., (2010), « Un sociologue en prison », Nouvelle Revue de psychosociologie, Vol. 1, n°9, 149-162.

Calendrier de soumission

Les propositions de résumé devront parvenir au plus tard le 30 SEPTEMBRE 2022. Il sera demandé :

1- Un résumé d’une page comprenant titre, mots clés, propos de l’auteur-e et plan

envisagé pour l’article.

2- Une courte bi(bli)ographie de l’auteur-e

Les résumés seront à adresser simultanément aux deux adresses suivantes :        cahiers.lcd@gmail.com

stephane.heas@univ-rennes2.fr

omar.zanna@univ-lemans.fr

Un retour sera fait aux auteur-e-s en Octobre 2022

Calendrier de publication

Les premières versions des articles retenus seront attendues pour début février 2023.

Après retour, la version finale est attendue en  juin 2023.

Le dossier prendra place dans le n° 18 des Cahiers de la LCD, à paraître en décembre 2023.

LES RURALITES FACE AUX DISCRIMINATIONS (N.14)

DES INÉGALITÉS, DES DISCRIMINATIONS ET DES RURALITÉS (A. ROCHE ET C. REVERSE)

« LE RURAL EST L’ARCHÉTYPE DU TERRITOIRE MONDIALISÉ » : ENTRETIEN AVEC BENOÎT COQUARD

FAIRE CAMPAGNE, DÉFENDRE LES CAMPAGNES : COMMENT PARTIS ET PROFESSIONNELS POLITIQUES PENSENT LES FRACTURES TERRITORIALES, LE CAS DES LÉGISLATIVES 2017 (PS, FN) (A. DELAPORTE & G. LETOURNEUR)

DE LA FUITE VERS LA VILLE AU RETOUR À LA CAMPAGNE : SUIVI D’ITINÉRAIRES DE QUELQUES SMALL TOWN BOYS (V. LE CORRE)

« LÀ-BAS Y A LES AUTRES… MAIS ON NE TRAÎNE PAS AVEC. » SOCIABILITÉS LOCALES ET MISE À L’ÉCART CHEZ LES FILLES EN MILIEU RURAL (Y. AMSELLEM-MAINGUY)

LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES : AGIR EN MILIEU RURAL. ENTRETIEN AVEC PASCALE LEFEBVRE-LE RAY

UZESTE, VILLAGE CRÉOLE (F. GRANJON)

Appel à articles n.15

ANTIRACISME EN FRANCE : Enjeux, métamorphoses et controverses au prisme du décès de George Floyd.

Sous la direction de :

Francine Nyambek-Mebenga, Lila Belkacem et Fanny Gallot (MCF, UPEC – INSPE de Créteil, LIRTES

 

 ARGUMENTAIRE

Avec le décès de George Floyd (afrodescendant de 46 ans), le 25 mai 2020 à Minneapolis aux Etats-Unis, les problématiques sociales et politiques liées au racisme se sont à nouveau révélées au monde, dans leur brutalité la plus absolue, relançant avec acuité le débat politique et intellectuel sur l’antiracisme, ses orientations et sa prise en charge par les politiques publiques. Telle une piqûre de rappel sur sa brûlante actualitédans les sociétés capitalistes occidentales, post-esclavagistes et post-colonialistes (Belgique, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, etc.), les circonstances et images médiatisées de sa mort(asphyxie lors de son interpellation par la police) ont provoqué à l’échelle mondiale, une vague d’indignation et de protestation contre le racisme et les violences policières. En France, plus qu’une énième condamnation d’actes racistes, ces mobilisations ont connu un fort retentissement les 2 et 13 juin 2020 à travers des manifestations d’une rare ampleur (entre 10.000 et 20.000 personnes à Paris), et des tribunes de chercheur-e-s, suite à l’appel lancé sur les réseaux sociaux par le Comité « Justice et vérité pour Adama » (jeune homme noir, décédé selon ses proches dans des conditions similaires). Bien qu’elles prolongent d’une part, des luttes plus anciennes comme la marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983, ou encore les manifestations suite aux décès de Lamine Dieng en 2007, (voir, entre autres, Wissam el-Yamni, 2011, Shaoyao Liu, 2017, Gaye Camara, 2018), et doivent d’autre part, en partie au moins être réinscrites dans un élan mondial de solidarité à l’égard du « Black Lives Matter » (mouvement politique antiraciste créé en 2013 aux Etats-Unis), ces mobilisations françaises offrent l’occasion d’interroger dans ce dossier, la pensée et l’action antiraciste portées dans certains milieux, académiques, militants, médiatiques, etc. 

A maints égards, ces mobilisations méritent qu’on s’y attarde dans la mesure où elles ont contribué à une visibilité et une vulgarisation de plus en plus importantes des enjeux tout comme des controverses scientifiques et politiques qui structurent la question du racisme et de l’antiracisme. Mentionnons entre autres, la critique française (politique autant qu’académique) de l’usage du concept de race (Bouzelmat, 2019, Fassin, 2019), ou bien encore celle de la traduction en France de paradigmes et outils étasuniens de l’antiracisme (Wieviorka, 2019). En effet, malgré quelques avancées, le recours aux statistiques ethniques fait toujours figure de repoussoir chez certain-e-s chercheur-e-s en sciences humaines et sociales, ou de totem pour des politiques antiracistes et de luttes contre les discriminations (Le Bras, 2007, Simon, 2014).

Ces mobilisations ont par ailleurs fait apparaître au sein de l’antiracisme, de profondes dissensions focalisées tantôt sur son lexique, tantôt sur les stratégies de lutte promues par ses nouveaux et nouvelles militantes. On pourrait citer la sensibilisation des populations majoritaires (cf. Maïga et Haenel, Libération, 12 juin 2020, Despentes, France Inter, 4 juin 2020) à une prise de conscience de la blanchité (Cervulle, 2013, Dyer, 1997) et de ses privilèges (Mc Intosh, 1988), ou de la fragilité blanche (Di Angelo, 2018). Plus généralement, ces débats ont donné à voir des « paradoxes de l’antiracisme » (Gibb, 2003, Taguieff, 2013) tributaires d’une définition du racisme tiraillée entre conceptions restreintes et extensives, autrement dit, entre racisme scientifique et racisme différentialiste, ou encore entre racisme moral et racisme systémique[1](Bonilla, 2003, Guillaumin, 1972, Taguieff, 1985). Considérant cet épisode comme un moment marquant de l’antiracisme en France et dans le monde, ce dossier souhaite en examiner d’une part, les principaux enjeux sociopolitiques et conceptuels, et en saisir d’autre part, les structurations, restructurations et recompositions des mobilisations (Gibb, op. cit., Picot, 2016), à la lumière des travaux de recherche récents. A cet égard, il prolonge et vise à enrichir des dossiers thématiques précédents sur les luttes antiracistes (Africultures, 2014/1 n° 97, Mouvements, 1999, n° 4, Mots, 1989, n° 18, Hommes et Migrations, 2016, n° 1313, 2020, n° 1330).

Les propositions d’articles pourront porter sur l’un des 3 axes thématiques suivants.

Axe 1. De l’antiracisme aux antiracismes: métamorphoses, reconfigurations et paradoxes

La cécité de l’antiracisme classique (lutte contre le racisme scientifique par sa judiciarisation et par l’éducation) face à un racisme quotidien et plus diffus demeure l’une des causes majeures de troubles dans l’antiracisme. La non prise en charge de la métamorphose idéologique du racisme en un racisme sans race (Bonilla-Silva, op. cit., Stokely et Hamilton, 1967, Taguieff, 1985) serait en effet à l’origine de l’émergence de nouveaux antiracismes (Taguieff, 2013) qu’il importe d’analyser ici. Quels sont ces nouveaux antiracismes? Comment interpréter la recomposition des cadres épistémologiques et politiques, les structures organisationnelles de ces luttes antiracistes ? Par exemple, en quoi les Indigènes de la République (IR puis PIR), le Conseil représentatif des associations noires (CRAN), la Brigade anti-négrophobie (BAN), le Collectif contre l’islamophobie (CCIF), entre autres, se distinguent-ils ou sont-ils en continuité avec des organisations plus anciennes (la LICRA, SOS racisme, Antifs, etc.)? Comment analyser par ailleurs le renouvellement de leurs leadeurs, le rôle et la place des femmes dans ces luttes (Assa Traoré, entre autres, les collectifs MWASI, MAFED, etc.)? On pourrait aussi s’intéresser aux réseaux sociaux et leur rôle dans la circulation, la diffusion des idées et savoirs, et plus généralement le travail de conscientisation des jeunes générations. On pourrait donc globalement s’atteler ici à cartographier, historiciser et sociologiser ces antiracismes, leurs qualificatifs (antiracisme décolonial, politique et en contrepoint, ceux auxquels ils sont opposés : antiracisme moral, classique) (Picot, op. cit.); leurs complexités et conflictualités internes tel qu’illustrées dans le film Tout simplement noir, de J.P. Zadi et J. Wax, juillet 2020 ; mais aussi leurs critiques (entretien d’un racialisme, d’un racisme à rebours ; Debono, 2020) et ce qu’elles révèlent de la lutte antiraciste dans le contexte français. Enfin, cet axe peut accueillir une réflexion sur l’aporie à laquelle est confrontée la pensée antiraciste. Entre universalisme et différentialisme (Taguieff, 2013), l’antiracisme serait-il voué à l’échec? Dans quelle mesure est-il possible de dépasser ces tensions, paradoxes ou difficultés de l’antiracisme (Taguieff, ibid., Wieviorka, 1998)?

Axes 2. Enjeux matériels et symboliques de l’antiracisme politique et décolonial

Saisies à partir d’une approche holiste, les mobilisations des 2 et 13 juin 2020 semblent mues par une aspiration forte de justice sociale (Lamont, 2002). A l’instar de la marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983 (Hajjat, 2013), cette aspiration de justice paraît en creux dans la condamnation par les manifestant-e-s du harcèlement et des violences policières (Gauthier et Jobard, 2018), de la violence sociale des discriminations sur le marché du travail, dans le logement, la santé, l’école, l’université, etc. (Beauchemin et al., 2015, Célestine, 2018, Soumahoro, 2019). Elle apparaît, sous un autre angle, à travers des actions médiatisées, tel que le blocage de représentations artistiques jugées racistes (cf. la pièce d’Eschyle « Les Suppliantes » annulée pour cause de Blackface à la Sorbonne en mars 2019), le déboulonnement et la dégradation de monuments et statues symbolisant, pour les auteurs/trices de ces dégradations, l’oppression raciste et impérialiste (cf. tags sur la statue de Colbert à l’Assemblée nationale en juin 2020). Au total, bien que taxées «d’antiracisme radical» (Taguieff, 2013), ces mobilisations semblent subsumer des enjeux de redistribution et de reconnaissance (Fraser, 1998), en d’autres mots, des enjeux matériels et symboliques que cet axe souhaite réexaminer. Il s’agit de décrire notamment les différentes approches et facettes de ces enjeux ; mais aussi d’en problématiser l’intérêt pour l’analyse de la lutte antiraciste, à partir des expériences de minoration sociale. Ces expériences pourront être appréhendées à l’aune des rapports sociaux de race, genre, classe, entre autres, dans lesquels sont pris en France les descendant-e-s d’immigré-e-s et du point de vue des paradigmes post et décoloniaux (Mbembe, 2010, Vergès, 2019).

Axe 3. Controverses et perspectives de l’antiracisme en France et dans le monde : politiques publiques, grammaire, alliances.

« Black Lives Matter », « blanchité », « discriminations systémiques », « privilège blanc », « fragilité blanche», « racisé », « racisme d’état/institutionnel », « intersectionnalité », etc., font partie du vocabulaire qui a émergé dans le débat public (Chemin et al., 2020, Dhume et al., 2020), pour dire le racisme, mais aussi qualifier un antiracisme « nouvelle génération ». Ce lexique de « l’antiracisme contemporain » (Legros, 2020) est au cœur de controverses et critiques virulentes qui pourraient être examinées ici. Alors que la plupart de ces notions font désormais partie du langage commun dans les pays anglo-saxons et sont utilisées en sciences sociales comme des catégories d’analyse (par la Critical Race Theory, notamment), leur emploi reste néanmoins fortement discuté. De plus, notons qu’en fonction des contextes, des auteurs/trices, les définitions de ces notions (racisme/racialisme, racialisation/racisation, entre autres), sont loin d’être consensuelles et stabilisées[2]. Que signifient ces termes et comment expliquer les polémiques qu’ils soulèvent? Par ailleurs, comment interpréter d’une part, la réappropriation de ces « mots neufs de l’antiracisme » (Chemin et al., op. cit.) par des personnalités ou militant-e-s antiracistes issu-e-s de la population majoritaire ? A cet égard, la réception, du côté des majoritaires comme des minoritaires, de la lettre ouverte de l’écrivaine Virginie Despentes à ses « amis blancs qui ne voient pas où est le problème…», s’avère heuristiquement intéressante. S’agit-il de l’expression d’une solidarité de la part des personnes blanches, dépassant le cadre d’un « antiracisme de bonne volonté » (Amar et Milza, 1990) ou de bonne conscience ? Bien que les conflits internes soient constitutifs de l’histoire et la sociologie des mouvements sociaux, peut-on y voir, a contrario, une récupération illustrant le privilège blanc qui dépossède les minorités de leurs outils de luttes (Collectif Mwasi, 2018) ? On pourrait, d’autre part, s’intéresser à ces controverses du point de vue des politiques publiques de l’antiracisme. Au regard des équilibres et orientations actuelles du débat scientifique et politique sur l’antiracisme, y’a-t-il lieu d’envisager de possibles évolutions dans le sillage de ces mobilisations? L’examen critique des politiques publiques de la lutte contre le racisme et les discriminations pourra prendre appui sur la question de la mesure des discriminations par les statistiques ethniques, ou encore sur des actions et dispositifs spécifiques (par exemple la création de référent-e-s luttes contre le racisme, l’antisémitisme, et les discriminations dans les universités, de labels « égalité diversité », du Vademecum « Agir contre le racisme et l’antisémitisme à l’école », etc.) et leur mise en œuvre, en particulier à l’université ou à l’école. Enfin, dans un contexte européen et étatsunien (en particulier) marqué par une poussée des mouvements d’extrême-droite, dans quelle mesure l’élan antiraciste mondial suscité par cet événement peut-il être porteur de changements profonds et durables des pratiques, et par conséquent des conditions sociales (économiques et politiques) pour les populations racisées.

Le dossier est ouvert aux travaux de recherche d’horizons divers, menés à partir de techniques d’enquête variées. Une préférence sera néanmoins accordée aux méthodes empiriques qualitatives: ethnographie, analyse de discours publics et/ou de documents, entretiens, enquête historique. Les articles pourront traiter ces questions en privilégiant selon les axes, un ou plusieurs aspects proposées pour conduire la réflexion, en adoptant une focale française ou articuler échelle française et internationale.

Calendrier de soumission

Les propositions de résumé devront parvenir au plus tard le 3 mai 2021. Il sera demandé :

1- Un résumé d’une page comprenant titre, mots clés, propos de l’auteur-e et plan envisagé de l’article

2- Une courte bi(bli)ographie de l’auteur-e

Les résumés seront à adresser simultanément aux deux adresses suivantes : francine.nyambek-mebenga@u-pec.fr et cahiers.lcd@gmail.com.

Un retour sera fait aux auteur-e-s en fin juin 2021.

Calendrier de publication

Les premières versions des articles retenus seront attendues pour début janvier 2022.

La version finale est attendue en avril 2022.

Le dossier prendra place dans le n° 15 des Cahiers de la LCD, à paraître en juin 2022.

Références bibliographiques

Beauchemin, C., Hamel, C., Simon, P. (dir.). (2015). Trajectoires et Origines. Enquête sur la diversité des populations en France. Paris: INED.

Bocandé, A. (dir.). (2014). « La Marche en héritage/L’héritage culturel de la Marche pour l’égalité et contre le racisme (1983-2013) », Africultures, n°97/1.

Bonilla-Silva, E. (2003). Racism without Racists: color-blind Racism and the persistence of racial inequality in the united states. Lanham, Md, Rowman & Littlefield.

Bonnafous S., Taguieff, P.A. (dir.). (1989). « Racisme et antiracisme. Frontières recouvrements », Mots, n°18.

Bouzelmat, I. (2019). « Le sous-champ de la question raciale dans les sciences sociales françaises. Pour une approche sociologique des procès en légitimité scientifique », dans A. Hajjat et S. Larcher (dir.). Dossier « Intersectionnalité »,  Mouvements des idées et des luttes, [En ligne]. 

Célestine, A. (2018). La Fabrique des identités. L’encadrement politique des minorités caribéennes à Paris et New York. Paris : Karthala.

Cervulle, M. (2013). Dans le blanc des yeux: Diversité, racisme et médias. Paris : Amsterdam.

Chemin, A., Bherer, M.O, Pascual, J., Kodjo-Grandvaux, S. (2020). «Racisé», «racisme d’Etat», «décolonial», «privilège blanc»: les mots neufs de l’antiracisme, Le Monde, 26 juin.

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Despentes, V., (2020). Lettre à “mes amis blancs qui ne voient pas où est le problème”, Lettres d’intérieur, Chronique France Inter.

Dhume, F. Dunezat, X., Gourdeau, C., Rabaud, A. (2020). Du racisme d’État en France ? Lormont : Le Bord de l’eau.

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Lamont, M. (2002). La dignité des travailleurs. Exclusion, race, classe et immigration en France et aux États-Unis, traduit de l’anglais par Marie-Paule Mit. Paris: Presses de Sciences Po.

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Legros, M. (2020). « Lexique de l’antiracisme contemporain », Philomag.com, [En ligne].

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Milza, P., Amar, M. (1990). L’immigration en France au xxème siècle. Paris : Colin.

Mwasi, Collectif afroféministe (2018). Afrofem. Paris : Syllepse.

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Soumahoro, M. (2019). Le triangle et l’hexagone. Paris : La Découverte.

Stokely C., Hamilton C. V. (1967). Black Power: The Politics of Liberation in America. New York : Vintage Books.

Taguieff, P. A. (dir.) (2013). Dictionnaire historique et critique du racisme. Paris : PUF.

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Vergès, F. (2019). Un féminisme décolonial. Paris: La Fabrique.

Wieviorka, M. (1998). Le racisme, une introduction. Paris: La Découverte.

Wieviorka, M. (2019). «Débat: Il faut repenser le racisme à l’échelle locale», The Conversation, [En ligne].


[1] Notes explicatives

Le racisme scientifique est fondé sur une acception de la race découlant de la taxinomie biologique des groupes humains, consacrée par l’anthropologie physique.

Le racisme différentialiste ou racisme sans race opère par une assignation de caractéristiques sociales et psychologiques aux individus en fonction de leur culture, origine ou religion supposées. Il postule en outre une incompatibilité entre ces différentes cultures, justifiant des logiques de ségrégation.

Le racisme moral repose sur une interprétation idéaliste qui le formule comme une idée, disposition psychologique ancrée chez les individus, notamment issus du groupe dominant blanc. Perçue comme une déviance psychologique et ou limite intellectuelle, il détermine des politiques antiracistes axées principalement sur l’éducation.

Le racisme systémique désigne le racisme en tant que dispositif structurel de la domination. Il se fonde sur une acception matérialiste et politique du racisme, qui le fait dériver de rapports sociaux de race marqués par un ensemble d’inégalités, discriminations, micro-agressions routinières et ancrées dans la structure sociale.

[2] Par exemple, tandis qu’aux Etats-Unis, le racisme est considéré comme une théorie, le racialisme désignant sa pratique ; en France, la notion de racisme désigne plutôt l’extension du racialisme (système idéologique) par un programme d’action politique ou des dispositifs normatifs d’oppression (Taguieff, 2013, p. 151…)

DISCRIMINATIONS TERRITORIALES (n.12)

Pour acheter ce numéro : https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=numero&no=67891&no_revue=935&razSqlClone=1

Pour regarder la journée d’étude réalisée autour du numéro par Ville & Banlieue et les Cahiers de la LCD : https://www.ville-et-banlieue.org/retour-en-images-et-videos-la-courneuve-23-fevrier-2021-rencontre-sur-les-discriminations-territoriales-30998.html

INTRODUCTION.            

DOSSIER (PARTIE 1) :    

DISCRIMINATIONS TERRITORIALES : DEFINITIONS ET CONTROVERSES. 

« SORTIR DE L’APPROCHE INDIVIDUALISANTE DU DROIT POUR COMBATTRE LES DISCRIMINATIONS TERRITORIALES » : ENTRETIEN AVEC THOMAS KIRSZBAUM      

DISCRIMINATIONS TERRITORIALES : INTERVIEW DE RENAUD EPSTEIN. 

DOSSIER (PARTIE 2) :    

DISCRIMINATIONS TERRITORIALES : INSCRIPTIONS GEOGRAPHIQUES.  

PENSER L’ESPACE DES SYSTEMES DE DISCRIMINATIONS : POUR UNE LECTURE SPATIALE DE L’INTERSECTIONNALITE PAR CORINNE LUXEMBOURG       

DE LA DISCRIMINATION POSITIVE A LA DISCRIMINATION TERRITORIALE : LES QUARTIERS EN POLITIQUE DE LA VILLE, INEGAUX FACE A LA SANTE PAR  ZOE VAILLANT, JULIA BARDES ET STEPHANE RICAN 

DOSSIER (PARTIE 3) :    

PAROLES D’ELUS.          

UN ELU CONTRE LES DISCRIMINATIONS TERRITORIALES : ENTRETIEN AVEC PHILIPPE RIO    

ENTRETIEN AVEC GILLES POUX, MAIRE DE LA COURNEUVE        

PAPIER LIBRE    

FAIRE LA PEAU AUX DISCRIMINATIONS PAR GILLES LEPROUST  

RECENSIONS    

MENDONÇA DIAS C., AZAOUI B. ET CHNANE-DAVIN F. (DIR.) (2020), ALLOPHONIE. INCLUSION ET LANGUES DES ENFANTS MIGRANTS A L’ECOLE, LAMBERT-LUCAS           

ISABELLE COLLET (2019), LES OUBLIEES DU NUMERIQUE, LE PASSEUR EDITEUR.

Pour lire une recension du numéro dans la revue Lectures : ici

Pour lire l’introduction du numéro : ici

Pour lire une synthèse de l’IREV sur le colloque organisé pour la sortie du numéro : ici

Pour lire un extrait du numéro : ici

appel à articles n.14


Les ruralités face aux discriminations

Les cahiers de la LCD

Appel à articles n.14

Sous la direction d’Agnès Roche et Clément Reversé

Dans le contexte actuel de mondialisation, d’innovation en matière de communication et de déplacement, et d’internationalisation des échanges où la vie sociale, culturelle et économique semblent se recentrer autour des pôles urbains, la place des espaces ruraux et des ruralités, en France mais aussi partout dans le monde, paraît de plus en plus marginalisée et la culture issue des grandes métropoles de plus en plus dominante. Si ces espaces sont souvent définis comme étant des « vides », des espaces « handicapants », ou de relégation (des pauvres qui s’éloignent des villes gentrifiées), ou « en retard » par rapport à une société se tournant de plus en plus vers l’urbanisation de ses modes de vie, plusieurs recherches s’accordent à percevoir les espaces ruraux comme des espaces de potentialités (Gambino, 2008 ; Zaffran, 2018). Ces potentialités sont toutefois souvent compromises par une forte invisibilisation des espaces ruraux, laissant alors place à des prénotions et des opinions biaisées sur ces espaces (Tallon et alii, 2015). L’un des derniers avatars de la discrimination à l’égard des ruraux s’incarne dans la construction des ruraux comme « ploucs de droite », voire d’extrême droite (Rivière, 2013, Girard, 2017).

Ce numéro des Cahiers de la Lutte Contre les Discriminations souhaite ainsi s’intéresser aux espaces ruraux contemporains, à leurs mutations et à leurs dynamiques, dans un contexte de marginalisation de ces espaces et sous le prisme de la discrimination, à la fois des acteurs vivant dans ces espaces, mais aussi des espaces ruraux eux-mêmes et les représentations des ruralités de manière plus globale.

Ainsi cet appel à articles invite les auteur.e.s à rendre compte de la richesse sociologique de ces espaces par différentes approches (monographie, comparaison, recherche locale, nationale ou internationale) et en ayant recours à l’interdisciplinarité des différents domaines de recherche en sciences sociales (sciences politiques, géographie, sociologie, anthropologie…).

Les espaces ruraux sont traversés par de multiples phénomènes inégalitaires à la fois en leur sein (Roche, 2016, Bruneau, Laferté, Mishi, Renahy, 2018) mais aussi dans leur relation au monde qui les entoure. Si le capital d’autochtonie (Renahy, 2005, Retière 2003, Coquard, 2019) peut constituer dans certains cas une ressource permettant de lutter contre les multiples formes de discrimination et de relégation, les problèmes d’exclusion et d’intégration des individus et des populations demeurent au cœur des questionnements actuels portant sur les espaces ruraux contemporains.

On peut également évoquer le paradoxe entre exclusion des jeunes et discours inclusif de la jeunesse dans les espaces ruraux (Gambino, 2008 ; Rieutort, Thomasson, 2015). Les problématiques liées à l’espace de vie rural compris comme un espace de proximité spatiale et de distance sociale, peuvent également être investiguées par les auteur.e.s. La question des déplacements et des inégalités de mobilités au sein des territoires ruraux (Coly, Even, 2017) est également un point capital à soulever dans l’étude des ruralités du fait même de la configuration spatiale, sociale et démographique de ces espaces de vie.

Au-delà des discriminations, des exclusions et des inégalités internes aux espaces ruraux, les auteurs sont invités à questionner les espaces ruraux comme objets d’une marginalisation et d’une discrimination dans les sciences sociales, les médias, mais aussi dans les politiques publiques actuelles. Nous demandons ainsi aux auteur.e.s dans ce numéro de saisir les questions relatives aux discriminations des espaces ruraux ainsi que les discriminations au sein des espaces ruraux, en considérant les évolutions et mutations de ces espaces et leurs places actuelles dans une société contemporaine de plus en plus polarisée autour d’espaces urbains paraissant être les nouveaux centres de gravité de la vie sociale, économique et culturelle.

Afin d’organiser la réflexion des auteur.e.s, nous avons scindé cet appel à communication en trois axes :

Axe 1 : Marginalisation et politiques publiques

Dans cet axe, il sera demandé aux auteur.e.s de se concentrer sur les discriminations et les phénomènes inégalitaires subis par les espaces ruraux. Cet axe peut ainsi traiter du manque d’intérêt flagrant et du manque d’adaptation des politiques publiques aux espaces ruraux, du manque d’intérêt pour la question rurale contemporaine. Si la paysannerie était bien, selon les termes de Pierre Bourdieu une « classe objet », le monde rural aujourd’hui peut être considéré comme un « objet » dont on parle (peu) et à la place duquel on parle. Il serait dès lors intéressant de questionner le rapport de ces espaces à des problèmes politiques et de sociétés actuelles. Les représentations médiatiques autour du Rassemblement National et la crise des Gilets Jaunes peuvent être des portes d’entrée intéressantes afin de traiter de la marginalisation de ces espaces et de leur rapport au monde politique actuel.

Axe 2 : Discriminations et inégalités au sein du rural

Ce deuxième axe se recentre pour sa part plus précisément sur les expériences et les vécus de phénomènes discriminatoires ou d’inégalité au sein même de ces espaces. Questionner les discriminations ou les inégalités dans les espaces ruraux permet à la fois de rendre compte d’une réalité bien souvent ignorée par la recherche qui se concentre encore aujourd’hui quasi unanimement sur les espaces urbains, mais cela permet aussi de rendre compte des spécificités de ces espaces en matière d’inégalités et de discriminations. L’espace façonne les expériences et les parcours que ce soit par la question de la mobilité, du rapport à l’interconnaissance locale ou encore à l’offre de service disponible, il s’agit dans cet axe d’interroger l’expérience discriminatoire et d’inégalités dans des espaces ayant leurs caractéristiques propres.

Axe 3 : Narration, expérimentation et réappropriation du rural

Le dernier axe de cet appel à articles propose d’aller au-delà du constat inégalitaire et/ou discriminatoire au sein des espaces ruraux. Pour reprendre le titre de la revue, nous souhaitons ici regrouper des réflexions et des témoignages sous forme d’article de lutte contre les discriminations. Il s’agit alors ici de mettre en lumière des récits, des expériences de vie ou encore des expérimentations ainsi que leur aboutissement afin de ne pas seulement constater ces phénomènes mais pouvoir lutter contre eux. Cet axe est en définitive une forme de réappropriation de l’expérience rurale par celles et ceux qui vivent au quotidien les discriminations et les inégalités au sein et avec ces espaces de vie.

Conditions de soumission :

L’ensemble des articles soumis à expertise devront être envoyés avant le 1er mars 2021 aux adresses suivantes : agnes.roche@uca.fr & clementreverse1@gmail.com

Les articles feront l’objet d’une double expertise.

Les auteur.e.s seront informé.e.s de la recevabilité de leur proposition, ou de la correction et types de corrections le 15 mai 2021 au plus tard.

Les articles retenus devront être envoyés modifiés, avant le 30 juin 2021

La publication du numéro 14 est prévue pour fin septembre 2021

Ces propositions devront comprendre :

  • L’article complet (30 000 maximum)
  • Une présentation de(s) auteur.e.s -2,3 publications et affiliations
  • Un résumé en français (10 lignes)

Des notes de lecture, recensions, notes de synthèses sont aussi attendues.

Des chroniques, témoignages et entretiens peuvent être proposés en concertation avec les coordinateurs/trice.s du numéro.

Normes de la rédaction

  • Les notes de bas de page ne renvoient pas aux références bibliographiques mais permettent d’indiquer des éléments n’apparaissant pas dans le texte.
  • Les références s’écrivent dans le texte (NOM, Date) : si plusieurs références d’un même auteur renvoient à la même date, merci d’accoler à cette dernière une lettre (a, b, c) que l’on retrouvera en bibliographie.
  • Pour les livres : Nom Initiale du prénom. (date), Titre du livre, édition, collection, date.
  • Pour les articles : Nom Initiale du prénom. (date), « Titre de l’article », Nom de la revue, numéro, volume, pagination (ex : pp. 10-20).
  • Pour un chapitre de livre : Nom Initiale du prénom. (date), « Titre de l’article », in Titre du livre(Nom de/de la dir., Initiale du prénom, dir.), éditeur, coll., pagination (ex : pp. 10-20).
  • Pour les articles électroniques, merci de compléter vos références par : Disponible sur : lien. Consulté le : Jour/Mois/Année
  • Les citations (textes ou entretiens) sont proposées en « italique ».
  • Chaque auteur.e soulignera 2-3 phrases importantes de son texte afin que ces dernières puissent être mises en exergue lors de la mise en page.
  • Les illustrations utilisées doivent être libre de droits (ou fournies avec un accord d’utilisation). Les graphiques et illustrations sont numérotés et comprennent titre et légende.

BIBLIOGRAPHIE

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COLY, Bertrand. EVEN, Danielle. Place des jeunes dans les territoires ruraux. Journal officiel de la République française, Section de l’aménagement durable des territoires et section de l’éducation, de la culture et de la communication, 198 pp., 2017

COQUARD, Benoît. Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin. La Découverte, « L’envers des faits », 216 pp., 2019GAMBINO, Mélanie. Vivre dans les espaces ruraux à faible densité de population : Pratiques et représentations des jeunes dans le Périgord Vert (France) et le Rural Galway (Irlande). Géographie. Université de Toulouse, 2008

GIRARD, Violaine. Le vote FN au village. Trajectoires de ménages populaires du périurbain. Édition du croquant, 2017

RENAHY, Nicolas. Les gars du coin : Enquête sur une jeunesse rurale. La découverte, Paris, 294 p., 2005

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REVERSÉ, Clément. Les oubliés du pays de Cocagne. L’expérience de l’insertion et de la transition vers l’âge adulte des jeunes ruraux peu ou pas diplômés de Nouvelle-Aquitaine. Thèse en sociologie, Université de Bordeaux, 438 pp., 2020

RIVIÈRE, Jean. « Des ploucs de droite aux pavillonnaires lepénistes. Sur la construction médiatique du vote des ruraux. » Agone, « Campagnes populaires, campagnes bourgeoises », no51, p. 65-83, 2013/2

ROCHE, Agnès. Des vies de pauvres. Les classes populaires dans le monde rural. Presses Universitaires de Rennes – Essais – 340 pp., 2016

TALLON, Hélène. LIGNERES, Ingrid. BUREAU, Marie-Christine. LE DANTEC, Éliane. L’invisibilité sociale : publics et mécanismes. Les pauvres en milieu rural et notamment les jeunes ruraux et néo-ruraux. ARIAC – Onpes : Invisibilité sociale : Public et mécanisme, rapport final, 2015

ZAFFRAN, Joël. « Emploi des jeunes sans diplôme : la prime au rural »,  Formation emploi, no142, p. 99-117, 2018/2



appel à articles n.13

« L’égalité par les chiffres : production et usages sociaux des nombres contre les discriminations »

Appel  A Articles n.13

Sous la direction de Vincent-Arnaud Chappe et Mireille Eberhard

Télécharger d’Appel : AAC cahiers LCD N.13

Il y a près de vingt ans, au cours des assises de la citoyenneté, le premier ministre de l’époque Lionel Jospin mettait la lutte contre les discriminations raciales au cœur du projet républicain. Depuis la fin des années 1990, les pouvoirs publics ont mis en place un certain nombre d’outils, notamment juridiques, pour lutter contre les discriminations quelque soient leurs « critères » (race ou origine, nationalité, sexe/genre, âge, santé, handicap, orientation sexuelle, activité syndicale, etc.) ; les entreprises, administrations et collectivités territoriales ont adopté des politiques en interne en faveur de l’égalité et de la « diversité » ; les mouvements sociaux se sont emparés de la thématique des discriminations pour porter leur cause ; plus largement, le qualificatif de « discrimination » est largement rentré dans le vocabulaire commun, que ce soit pour désigner des nouvelles formes d’inégalités ou pour requalifier des luttes plus anciennes.

L’évaluation qu’on peut faire de ces politiques apparaît néanmoins très mitigée, voire paradoxale : les discriminations raciales, une des premières cibles historiques des luttes contre les discriminations, semblent toujours aussi massives et peu combattues, à tel point que Patrick Simon pouvait affirmer à leur propos que « la lutte contre les discriminations n’a pas eu lieu » (Simon, 2015). Concernant d’autres critères, des progrès plus palpables ont néanmoins existé – notamment contre les discriminations sexistes, liées à l’activité syndicale ou au handicap – même si d’énormes progrès restent à faire pour atteindre une véritable égalité.

Le constat de ces différences d’investissement des critères de discrimination (sur le plan politique, juridique et militant), doit amener à se pencher sur les facteurs explicatifs : ce numéro des Cahiers de lutte contre les discriminations vise ainsi à interroger à nouveau frais la question des appuis statistiques et de leurs effets sur la lutte contre les discriminations.

Cette question a particulièrement fait débat dans le domaine des discriminations ethno-raciales, de nombreux acteurs et chercheurs pointant l’insuffisance de données statistiques, par comparaison avec d’autres domaines. La question de la nécessité ou du danger des statistiques ethno-raciales n’est pas nouvelle : elle a resurgi à de multiples reprises depuis la fameuse « controverse des démographes » à la fin des années 1990, controverse qui a pris un tournant plus directement politique (au sens institutionnel du terme) en 2007 après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Les positions ont semblé assez figées, opposant des partisans d’une facilitation de telles mesures pour lutter contre les discriminations, à des opposants estimant que de telles mesures produiraient des effets de réification des identités racisées contraires aux principes républicains.

Au-delà de ce débat pour ou contre le décompte, peu a été dit sur la fabrique et sur les usages sociaux, effectifs ou potentiels, des nombres de la discrimination. Ceux-ci renvoient à l’ensemble des mesures quantifiées (avec des niveaux de sophistications variables) produites pour juger une situation comme discriminatoire ou non : testing, quota, écart salarial brut, résultat de régression multilinéaire, etc.. Joan Stavo-Debauge a insisté sur l’importance de telles statistiques ethno-raciales pour le passage du droit, et a également souligné comment elles « manquent » dans certains dispositifs de politiques publiques. Les travaux sur les Etats-Unis, ceux de Robin Stryker ou de Daniel Sabbagh par exemple, ont montré l’importance de telles statistiques pour prouver les discriminations raciales devant les juridictions en termes de disproportionate impact ou de discrimination indirecte. Au-delà des discriminations raciales, des travaux récents ont insisté sur l’importance des appuis statistiques dans le contentieux de la discrimination syndicale et dans l’adoption de dispositifs préventifs ; les discriminations sexistes et les politiques d’égalité professionnelle ont été quant à elles l’objet d’investigations concernant les enjeux de la production de données quantifiées dans les organisations, leurs usages et leurs appropriations par des acteurs divers.

Cette question apparaît comme fondamentale si l’on veut poursuivre la réflexion sur le rôle des statistiques pour la cause de l’égalité. Elle ne se résume pas à une interrogation binaire sur la nécessité de faire évoluer ou non le cadre légal de la production des données quantifiées, mais ouvre de multiples pistes de réflexion sur les différentes formes de nombres (bruts, ratios, indices synthétiques, issus de testings, de méthodes statistiques complexes, etc.), leur condition de production, les acteurs qui y sont attachés, leur inscription dans des dispositifs organisationnels, leur agencement, leur performativité, etc. On peut ainsi poser plusieurs questions de façon non exhaustive : où et à quelles occasions sont produits des nombres sur les discriminations, par qui et comment ? Que décide-t-on de chiffrer ou non ? Quels indicateurs sont-ils retenus, au détriment d’autres, pour tel ou tel type d’inégalité ? On veillera, à cet égard, à prêter attention aux discriminations « incomptées », non dénombrées, tout autant qu’à celles qui le sont. Quelles difficultés cette production implique-t-elle (pour récupérer les données, les mettre en forme, construire des catégories d’équivalence, etc.) et quels conflits concernant leur interprétation et leur usage ? Quelles places prennent ces données dans les différents dispositifs et organisations où elles sont produites ? Servent-elles à créer des consensus, à faire preuve, à attaquer, à se défendre ? Et finalement, quels effets ont-elles ? Permettent-elles réellement de lutter contre les discriminations (et quelles discriminations dans ce cas-là) ? Participent-elles à l’émergence de « publics » concernés ? Peuvent-elles être utilisées pour légitimer des situations de domination en masquant les rapports de force derrière leur objectivité revendiquée ?

Ces différentes questions amènent à faire dialoguer les sciences sociales des discriminations telle qu’elles sont investies par différentes approches (analyse des organisations, du droit, des politiques publiques, etc.) avec la sociologie de la quantification. Au-delà de la valorisation a priori de l’importance de compter ou au contraire de la dénonciation des effets normatifs des nombres, les recherches sur les processus de quantification offrent des outils conceptuels précieux pour appréhender les processus sociaux de construction des nombres et leur appropriation par des acteurs divers (État, entreprises, organisations internationales, juristes, militants, etc.). Le présent numéro des Cahiers de la LCD permettrait donc d’avancer dans cette thématique en regroupant des travaux déjà entamés sur ces questions, en visibilisant les modalités de construction et les usages sociaux des chiffres pris dans leur pluralité et parfois leur caractère expérimental, et en ouvrant à d’autres contextes nationaux que la France où les usages des données diffèrent. Les contributions issues de différentes disciplines des sciences sociales engagées dans la réflexion sur la mesure des discriminations (ex. sociologie, économie, science politique, droit, histoire, psychologie sociale…) sont les bienvenues.

Bibliographie indicative

Bruno I., Didier E., Prévieux J., 2014, Statactivisme. Comment lutter avec des nombres, Paris, La Découverte.

Calvès G., 2007, « Au service de la connaissance et du droit : le testing », Horizons stratégiques, 3, p. 8–16.

Chappe V.-A., 2019, « Mobilisations syndicales et statactivisme institutionnel », Revue d’anthropologie des connaissances, Vol. 13, N°4, 4, p. 1097‑1122.

Chappe V.-A., Denis J.-M., Guillaume C., Pochic S., 2019, La fin des discriminations syndicales ? Luttes judiciaires et pratiques négociées, Bellecombes-en-Bauges, Editions du Croquant.

Coron C., 2018, « La définition des indicateurs sociaux, entre recherche d’objectivation et enjeux de pouvoir : le cas de l’égalité professionnelle », Gestion 2000, Volume 35, 3, p. 109‑128.

Espeland W.N., Stevens M.L., 2008, « A sociology of quantification », European Journal of Sociology, 49, 03, p. 401–436.

Héran F., 2010, Inégalités et discriminations – Pour un usage critique et responsable de l’outil statistique : rapport du comité pour la mesure de la diversité et l’évaluation des discriminations (COMEDD), Paris, La Documentation française, 272 p.

Hirschman D., Berrey E., Rose-Greenland F., 2016, « Dequantifying diversity: affirmative action and admissions at the University of Michigan », Theory and Society, 45, 3, p. 265‑301.

Leclerc O., 2013, « Egalité des personnes et modes de preuve. A propos des usages du raisonnement statistique dans la preuve des discriminations », dans Borenfreund G., Vacarie I. (dirs.), Le droit social, l’égalité et les discriminations, Paris, Dalloz, p. 77‑94.

Mennicken A., Espeland W.N., 2019, « What’s New with Numbers? Sociological Approaches to the Study of Quantification | Annual Review of Sociology », Annual Review of Sociology, 45.

Pochic S., Chappe V.-A., 2018, « Battles through and about statistics in French pay equity bargaining: The politics of quantification at workplace level », Gender, Work & Organization, 26, 5.

Revillard A., 2019, Handicap et travail, Paris, Presses de Sciences Po.

Sabbagh D., 2003, L’égalité par le droit : les paradoxes de la discrimination positive aux États-Unis, Paris, Economica.

Simon Patrick, 2015, « La lutte contre les discriminations n’a pas eu lieu »,. Mouvements, vol. n° 83, n° 3, p. 87‑96.

Simon P., Stavo-Debauge J., 2004, « Les politiques anti-discrimination et les statistiques : paramètres d’une incohérence », Sociétés contemporaines, 1, p. 57–84.

Stavo-Debauge J., 2005, « Mobiliser les pouvoirs de la statistique pour l’action antidiscriminatoire : le cas du Royaume-Uni », Revue internationale des sciences sociales, n° 183, 1, p. 49‑62.

Stavo-Debauge J., 2011, « En quête d’une introuvable action antidiscriminatoire. Une sociologie de ce qui fait défaut », Politix, 94, 2, p. 81‑105.

Stryker R., 2001, « Disparate Impact and the Quota Debates: Law, Labor Market Sociology, and Equal Employment Policies », Sociological Quarterly, 42, 1, p. 13–46.

Ces propositions devront comprendre :

    • L’article complet (30.000 environ)
    • Une présentation de(s) auteur.e.s -2,3 publications et affiliations
    • Un résumé en français (10 lignes)
  • Privilégier des articles avec 2 niveaux de titre maximum

NORMES DE REDACTION :

  • Les notes de bas de page ne renvoient pas aux références bibliographiques mais permettent d’indiquer des éléments n’apparaissant pas dans le texte.
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  • La revue propose enfin aux auteur.e.s qui souhaitent démasculiniser leurs textes de privilégier l’écriture inclusive par l’usage des points médians (et non des points de ponctuation).

Les articles feront l’objet d’une double expertise par les membres de comité scientifique

CALENDRIER

Les articles sont attendus pour le 15/11/2020 aux adresses mails suivantes

            Vincent.chappe@gmail.com

            Mireille.eberhard@univ-paris-diderot.fr

            Cahiers.lcd@gmail.com

 

Un retour aux auteurs sera effectué vers le 15/12

Une version définitive des articles est attendue pour le 15 mars 2021

Sortie du numéro : juin 2021