appel à articles n.11

Les Cahiers de la LCD

Appel à articles numéro 11

L’inclusion ou la fin de la discrimination pour les personnes handicapées :
Chimère ou réalité ?

(Sous la direction d’Hugo Dupont[1])

L’actualité dans le champ du handicap est à l’inclusion. Ce terme devenu à la mode dès qu’il s’agit de handicap, fait l’objet de nombreuses utilisations qu’elles soient politiques, juridiques ou savantes, dans des domaines aussi variés que l’espace public, l’emploi, l’éducation et la formation, la culture, le logement, etc. Ce mot est en train de remplacer peu à peu ceux d’intégration et d’insertion devenus paria. Nous pouvons citer rapidement deux exemples parmi tant d’autres pour étayer nos propos. Le premier, dans le champ de l’éducation, est la redéfinition en 2009 des Classes pour l’intégration scolaire (CLIS) en Classes pour l’inclusion scolaire (les CLIS sont depuis devenues des Unités localisées d’inclusion scolaire – ULIS-école). Le second, dans le champ de l’emploi, est celui du remplacement très récent, par un décret du 19 novembre 2018, du Conseil national de l’insertion par l’activité économique par le Conseil de l’inclusion dans l’emploi.

Dans le champ académique, nous ne comptons plus les mémoires, thèses, publications et ouvrages qui prennent pour objet le handicap et dont le titre contient les mots inclus, inclure, inclusion ou inclusif / ve. Pour ne citer que des ouvrages récents, référons-nous aux travaux de Serge Ebersold (Education inclusive : privilège ou droit ?, 2017), de David M. Engel et Frank W. Munger (Le droit à l’inclusion. Droit et identité dans les récits de vie des personnes handicapées aux Etats-Unis, 2017), d’Hélène Buisson-Fenet et Olivier Rey (Inclure le handicap, recomposer l’école ?, 2018) ou encore Magdalena Kohout-Diaz (L’éducation inclusive. Un processus en cours, 2018).

Si la sémantique de l’inclusion est aujourd’hui reprise partout et devient, revers de la médaille du succès, polysémique, il est au départ un concept qui ouvre un champ des possibles aux personnes handicapées en leur retirant l’obligation de devoir s’adapter au monde des valides et en leur donnant la légitimité de pouvoir exiger le fait que c’est à ce dernier de devoir s’adapter à eux. Le concept d’inclusion venait ainsi remplacer la notion d’intégration qui portait en elle l’exigence imposée aux personnes handicapées de devoir faire un effort pour s’intégrer. « L’objectif de l’intégration est de faire entrer dans un ensemble, d’incorporer. Il s’agit de procéder, comme on le dit en astronautique, à l’assemblage des différentes parties constitutives du système, en veillant à leur compatibilité et au bon fonctionnement de l’intégralité. Un élément extérieur, mis dedans, est appelé à s’ajuster à un système préexistant. Ce qui est ici premier est l’adaptation de la personne : si elle espère s’intégrer, elle doit, d’une manière assez proche de l’assimilation, se transformer, se normaliser, s’adapter ou se réadapter. Par contraste, une organisation sociale est inclusive lorsqu’elle module son fonctionnement, se flexibilise pour offrir, au sein de l’ensemble commun, un « chez soi pour tous ». Sans neutraliser les besoins, désirs ou destins singuliers et les résorber dans le tout. » (Gardou, 2012, pp. 36-37).

Ainsi, si on pousse la logique de l’inclusion, une société inclusive appliquerait une politique qu’on pourrait qualifier de préventive face au handicap. Nous voulons dire par là qu’elle ferait en sorte que jamais aucun obstacle ne se dresse devant un individu présentant une spécificité intellectuelle, physique, sensorielle, psychique ou autre. Une telle politique s’opposerait à une logique d’action curative et qui chercherait à compenser localement et individuellement le problème rencontré par un tel individu après qu’un groupe d’experts ait pris le temps de se pencher sur l’évaluation de la nature et de l’intensité de l’obstacle rencontré et de la légitimité de la demande exprimée par celui-ci.

Ainsi appliquée à la société et aux institutions les plus socialisatrices dans l’expérience sociale des individus, telles que l’entreprise, l’école, les lieux culturels, etc., cette logique inclusive garantirait la fin de la discrimination des personnes handicapées sans avoir besoin d’invisibiliser leurs stigmates. « Une société inclusive est une société sans privilèges, sans exclusivités ni exclusion. Sans hiérarchisation. Sans ligne Maginot pour « se protéger » de ceux qui font l’épreuve d’un dysfonctionnement de leur corps ou de leur esprit, et épuisent leurs forces à résister au danger de néantisation.  Ils n’ont pu choisir leur destin : ils l’auraient souhaité mais ils n’ont pas eu cette latitude. Nul n’a le droit de les dépouiller de leur part légitime du patrimoine commun ; de les priver du droit à avoir des droits. » (Gardou, 2012, p.151).

Depuis 2016, en France, la politique publique en matière de handicap semble vouloir se donner les moyens, en tout cas dans les discours et les textes, de rendre notre société plus inclusive. Citons deux exemples à nouveau. Le premier est le fait de la loi pour la refondation de l’école de la République » de juillet 2013 qui inscrit le mot inclusion dès le premier article du code de l’éducation. Le second exemple est celui de la circulaire du 2 mai 2017 relative à la transformation de l’offre d’accompagnement des personnes handicapées, signée par la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion de l’époque, Madame Ségolène Neuville. Il y est question de rendre « l’habitat inclusif », de créer une offre médico-sociale « plus inclusive » de « rechercher une meilleure inclusion des personnes handicapées », d’inclure les enfants handicapés à l’école ordinaire, etc. Depuis, les Agences régionales de santé et les rectorats de l’Education nationale ont reçu des directives précises pour agir en ce sens et ont été désignées comme devant appliquer cette politique dite du virage inclusif dans les territoires. Il est possible de multiplier les exemples de textes officiels qui usent de ce vocabulaire et disent vouloir travailler à l’évolution de la société pour la rendre plus inclusive.

Si, comme l’affirme Charles Gardou, une société véritablement inclusive n’est plus discriminante pour les personnes handicapées et si l’Etat met en place des politiques qui visent à rendre notre société plus inclusive, alors, les expériences de discriminations de la part des personnes handicapées devraient s’atténuer. Partant de ce constat théorique, cet appel à article pour les Cahiers de la Lutte Contre les Discriminations cherche à recenser des travaux capables de décrire la façon dont la société et les institutions qui la composent prétendent, parviennent ou échouent à se rendre plus inclusives et ainsi de percevoir la façon dont les discriminations envers les personnes handicapées s’expriment dans ce nouveau contexte. Les formes et les logiques légitimantes de disqualifications et de discriminations des personnes handicapées persistent-elles et évoluent-elles en même temps et malgré le fait que s’affirme, dans les discours et les textes au moins, une logique inclusive ? L’objectif est de permettre d’avoir une lecture de la réalité sociale en la matière éloignée des discours politiques et médiatiques grandiloquents qui n’ont de cesse, pour se légitimer, d’affirmer que notre société est enfin inclusive ou le sera bientôt pour les personnes handicapées (voir par exemple l’annonce de Jean-Michel Blanquer et de Sophie Cluzel qui affirment que l’école sera pleinement inclusive en 2022).

Nous avons bien conscience que la sémantique de l’inclusion s’applique également à d’autres populations (personnes migrantes, gens du voyage, etc.) mais cet appel à article a pour vocation à se concentrer sur la question de l’inclusion de personnes handicapées, ne serait-ce que du fait des compétences limitées du directeur du numéro. En revanche, il n’exclut pas des propositions s’interrogeant sur une éventuelle discrimination intersectionnelle et l’intérêt d’une approche fondée sur l’inclusion dans de pareils cas. Enfin, il ne trace aucune frontière institutionnelle ou nationale : tous travaux prenant appui sur une réalité empirique quelle qu’elle soit sont les bienvenus, qu’il s’agisse de l’école, de l’emploi, de l’espace public, de l’accès à la culture, etc. que ce soit en France, en Europe ou ailleurs dans le monde. Sont les bienvenus également des recensions d’ouvrages sur le sujet, qu’il s’agisse des travaux cités dans cet appel à articles ou non.

Bibliographie :

BUISSON-FENET Hélène et REY Olivier, Inclure le handicap, recomposer l’école ?, Paris, ENS Editions.

EBERSOLD Serge (2017), Education inclusive : privilège ou droit ?, Grenoble, PUG.

ENGEL David M. et MUNGER Frank W. (2017), Le droit à l’inclusion. Droit et identité dans les récits de vie des personnes handicapées aux Etats-Unis, Paris, Editions de l’EHESS.

GARDOU Charles (2012), La société inclusive, parlons-en !, Toulouse, Editions érès.

KOHOUT-DIAZ Magdalena (2018), L’éducation inclusive. Un processus en cours, Toulouse, Editions érès.

Style des propositions à contributions attendus :

  • Les propositions d’articles sont attendues avant le 02 septembre 2019.
  • Les propositions devront comprendre :
  • L’article complet (30.000 environ)
  • Une présentation de(s) auteur.e.s -2,3 publications et affiliations et adresse mail
  • Un résumé en français (10lignes)
  • Entre 3 et 5 mots clés
  • Les normes de mise en page sont disponibles à l’adresse suivante : http://www.lescahiersdelalcd.com/appel-a-articles/appel-a-articles-permanent/

Dates limites d’envoi et conditions :

  • L’ensemble des articles soumis à expertise devront-être envoyés à l’adresse suivante avant le 02 septembre 2019 : lcd@gmail.com et hugo.dupont@univ-poitiers.fr
  • Les articles feront l’objet d’une double expertise
  • Les auteur.e.s seront informé.e.s de la recevabilité de leur proposition, ou de la correction et types de corrections le 21 octobre 2019
  • Les articles retenus devront être envoyés modifiés, avant le 20 janvier 2020.

La publication de ce numéro sur est prévue en avril 2020.

[1] Hugo Dupont, Maître de Conférences en Sociologie, Université de Poitiers, Gresco (EA 3815)

 

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