appel a articles n.7

LES CAHIERS DE LA LCD

(Lutte Contre les Discriminations)

7ème Appel à articles

 Langues et discriminations

Sous la direction de Pierre Escudé (LACES)

 

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Pour ce septième appel à articles, la revue « Les cahiers de la LCD » (Lutte Contre les Discriminations)[1] a décidé de s’intéresser aux langues, sous l’angle des « discriminations linguistiques ». Sujet d’actualité depuis un an : la loi de modernisation de la justice de novembre 2016 a opéré un changement sur l’article 225 du Code Pénal. Si la plupart des textes juridiques internationaux interdisent depuis plusieurs années les discriminations basées sur des critères linguistiques (au même titre que toutes les autres discriminations), la loi française s’est donc saisie tardivement de cette question.Il est désormais interdit de discriminer un individu sur la base de critères linguistiques. Pour la première fois en France, il est en effet établi comme discriminatoire «toute distinction entre les personnes morales sur le fondement […] de la capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français»; à savoir la langue étrangère et/ou langue régionale.

Dans ce contexte médiatique et juridique, quels sont les enjeux et les conséquences, tant individuels que collectifs d’une telle reconnaissance (C. Taylor, 2004) dans les champs scolaires, juridiques ou bien encore celui de l’emploi? La variété et la diversité des langues en un même espace civique, légal, scolaire, politique, social est-elle un obstacle ou un fondement nécessaire à son identité ? Les langues sont-elles discriminées en tant que langues (et selon quelle raison politique, scientifique, idéologique ?), ou bien sont-ce les locuteurs de ces langues qui sont discriminés (et pour quelles raisons) ?

Qu’il s’agisse de la péjoration des langues et accents régionaux – on pense pour la France à Pierre Bourdieu qui cachait son accent béarnais en arrivant à Paris, à Jacques Derrida qui se mit à détester la poésie de René Char quand il l’eût entendue prononcée par son auteur, et bien sûr à la longue histoire des textes scolaires qui effacent de la réalité des enseignements et des transmissions de savoir la réalité des langues des élèves -, de la maitrise ou de la non-maitrise de langues étrangères, de la stigmatisation de langues ou de codes maitrisés ou de celles/ceux qui les portent (accents « provinciaux » et de la « France d’outre-mer », jeunes allophones, jeunes issus de quartiers populaires et/ou des banlieues etc.), la question des discriminations selon le langage est ici posée. Quels sont ses rapports avec les idéologies linguistiques et avec les représentations sociales (la norme – la langue « sans accent » – fut longtemps opposée aux marges géographiques – les provinces, les colonies – ; elle peut l’être aujourd’hui sur d’autres marges d’une autre géographie mentale : les banlieues, les jeunes, les immigrés) ? Comment et pourquoi ces représentations évoluent-elles ?

Cette discrimination linguistique s’appuie donc non seulement sur des façons de parler une langue mais aussi sur le fait de parler d’autres languesque la langue attendue, imposée, survalorisée–et d’une certaine façon, d’être bilingue ou plurilingue, quand la norme serait de pratiquer une et une seule langue normée, qui est celle des pouvoirs. Mais ce modèle national strict (monolinguisme d’une langue hypernormée, modèle longtemps transmis par l’École) est-il de nos jours encore d’actualité ? A quoi sont dus les changements menant à une reconnaissance de la diversité, de la variété et en quoi ces changements peuvent-ils impliquer des bouleversements dans les représentations et les pratiques, et plus précisément dans le cadre scolaire, des renouvellements d’ordre cognitif ?

Si l’on raisonne de façon comparative, il sera intéressant d’interroger ce qui a freiné ou encouragé l’éclosion du critère de « discrimination linguistique » et récemment encore du terme de « glottophobie » (Blanchet 2016) dans les textes juridiques nationaux comme internationaux. Dans une même perspective, nous questionnerons le rôle des associations, et des mouvements sociaux qui portent ces revendications, à la fois locales et transnationales. Aussi, il sera attendu de questionner les limites mêmes des termes de la loi : que recouvre-t-elle, qui oublie-t-elle ? (Potriquet, Huck et Truchot, 2016)

Si l’on raisonne en termes de privilèges et de stigmates, il sera tout aussi pertinent de se pencher sur ce que sont les effets d’un langage non attendu sur les personnes en parcours scolaire et recherchant un emploi par exemple. Dans le cadre scolaire : le passage du concept (et des pratiques ?) d’intégration à inclusion a-t-il une réalité autre que rhétorique ? Sans limiter les contextes, les discriminations linguistiques pourront tout aussi bien toucher les espaces de santé, les espaces carcéraux ou ceux de l’animation…

Enfin, si l’on raisonne en termes intersectionnels, le présent numéro portera également une attention sur ce qui lie ou différencie les discriminations linguistico-culturelles et discriminations sociales, les discriminations liées au langage et leurs répercussions sur les différentes populations concernées (qu’il s’agisse de comparer les catégories d’âge, de sexe, les catégories professionnelles, les répartitions géographiques dans le paysage urbain ou national, en divisions entre centre/s et périphérie/s).

Par ailleurs, si la langue rassemble et unit (permet la communication, l’intercompréhension mutuelle, l’identification d’une communauté, d’une nation, d’un groupe social, etc.) le propre de la langue n’est-il pas aussi de discriminer au sens d’identifier à part, de séparer – Saussure parle de « deux forces [qui] agissent sans cesse simultanément et en sens contraire » que sont « l’esprit particulariste » et la « force d’intercourse » ? En ce sens, toute discrimination n’est-elle que nocive, négative, stigmatisante ou n’est-elle pas de fait un élément de l’identité (du fait d’appartenir à du même) ? Aussi, en quoi une réappropriation du sens et des enjeux des langues ne pourrait-elle pas réaménager un ordre politique dans nos sociétés : vivre et faire ensemble tout en étant aussi distincts ?

Reférences

Philippe Blanchet, Discriminations : combattre la glottophobie, Textuel, 2016.

Daniel Coste (sous la direction de), Les langues au cœur de l’éducation. Principes, pratiques, propositions. EME, 2013.

Tullio De Mauro et Andrea Camilleri, La langue bat où la dent fait mal, Lambert-Lucas, 2017.

Tullio De Mauro et GISCEL, Diecitesi per l’educazionelinguisticademocratica, http://www.giscel.it/?q=content/dieci-tesi-leducazione-linguistica-democratica.

Jean-Marie Klinkenberg, La langue et le citoyen, PUF, 2001.

Jean-William Lapierre, Le pouvoir politique et les langues, PUF, 1988.

Ghislain Potriquet, Dominique Huck, Claude Truchot, « Droits linguistiques » et « droit à la langue ». Identification d’un objet d’étude et construction d’une approche. Actes du colloque international de Strasbourg 25-26 septembre 2014, Lambert-Lucas, 2016.

 

Style des propositions à contributions attendus :

  • Les propositions d’articles sont attendues avant le 23 février 2016.

 

  • Les propositions devront comprendre :
  • L’article complet (30.000 environ)
  • Une présentation de(s) auteur.e.s -2,3 publications et affiliations
  • Un résumé en français (10lignes)

 

  • Les normes de mise en page sont disponibles à l’adresse suivante : http://www.lescahiersdelalcd.com/appel-a-articles/appel-a-articles-permanent/

 

Dates limites d’envoi et conditions :

  • L’ensemble des articles soumis à expertise devront-être envoyés à l’adresse suivante avant le 23 février 2018 : cahiers.cd@gmail.com
  • Les articles feront l’objet d’une double expertise

 

  • Les auteur.e.s seront informé.e.s de la recevabilité de leur proposition, ou de la correction et types de corrections le 23 mars.

 

  • Les articles retenus devront être envoyés modifiés, avant le 23 avril 2018.

 

La publication de ce numéro sur « Langues et discriminations » est prévue en juin 2017.

 

[1]http://www.lescahiersdelalcd.com/

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